jeudi, avril 03, 2008

***Les femmes en Europe – sur un pied d'égalité oui ou non?***


***Une vue superficielle donne l'impression que la situation des femmes s'est améliorée au cours des dernières années et décennies. Birgit Erbe y a regardé de plus près. Il s'avère non seulement que des différences énormes existent dans les pays respectifs mais aussi que la situation des femmes est souvent encore précaire en Europe.

Les déclarations de presse de la Commission europénne pour le 8 mars se ressemblent chaque année : il a été fait beaucoup pour l'égalité entre les hommes et les femmes mais bien des efforts sont encore nécessaires dans nombre de domaines.

L'annonce d'Eurostat pour la Journée Internationale des Femmes en 2007 était quelque peu troublante : « L'espérance de vie des femmes en 2050 dans tous les États membres est de plus de 80 ans », suivie encore de l'annonce inquiétante pour les hommes qu'actuellement, leur espérance de vie moyenne est inférieure de six ans, voire même de douze ans en Lituanie et en Lettonie. L'espérance de vie plus longue des femmes compense-t-elle les inconvénients par ailleurs que mentionne Eurostat dans la foulée : taux de chomâge supérieur, moindre pourcentage d'emploi, emploi plus souvent à durée déterminée des femmes par rapport aux hommes ? Bien entendu, l'Office européen des statistiques ne veut fournir que des données décrivant la situation des femmes et des hommes – sans porter de jugement. Regardons de plus près.

Tout d'abord une restriction géographique : les données ici utilisées se réfèrent à l'Union Européenne et n'englobent donc pas l'Europe dans son ensemble. Il faut ajouter qu'en dépit de beaucoup de points communs, chacun des 27 États membres a ses propres spécifités et donc une histoire personnelle de l'émancipation féminine, pensons seulement à des pays aussi différents que le Portugal à l'Ouest, la Pologne à l'est de l'Union, la Finlande tout au Nord ou Chypre au Sud.

L'égalité des chances entre hommes et femmes est un principe contractuel et donc une condition à l'entrée dans l'Union Européenne. Partant d'un Article 119 apparemment insignifiant des accords fondateurs (Accords de Rome) de 1957, dans lequel l'égalité du salaire entre hommes et femmes était normée, est né un ensemble de règles détaillé qui définit le traitement égalitaire dans le domaine de l'emploi et de l'assurance sociale pour tous les membres de l'UE. En 2004 fut votée pour la première fois une directive qui étend l'interdiction de discrimination en raison du sexe à la fourniture de biens et de prestations de services, ce qui concerne par exemple différents tarifs d'assurance ou le prix d'une coupe de cheveux.

Un obstacle est encore et toujours la réalisation nationale. Des directives n'ont été réalisées que lentement et parfois pas dans leur intégralité. En outre, un contrôle systématique des lois et prescriptions existantes devrait accompagner la situation juridique modifiée. Le nombre des jugements de la Cour européenne de justice démontre que le droit a souvent dû être obtenu devant les tribunaux en raison de l'inertie des autorités nationales. Cela est vrai pour les anciens comme pour les nouveaux membres. Récemment, la Commission européenne en tant que « gardienne des accords » a reproché au gouvernement fédéral allemand que les directives de non discrimination n'étaient pas suffisamment réalisées dans la loi allemande générale sur l'égalité de traitement. Cette loi avait été votée seulement en 2006 au terme d'années de débat, sous la pression de la Commission européenne qui avait menacé de pénalités s'élevant à 900 000 euros par jour.

Qu'en est-il de l'égalité réelle ? Un baromètre important sont les possibilités de participation des femmes sur les plans politique et social. Prenons l'exemple de la politique et de la représentation des femmes dans les Parlements nationaux ; les femmes y sont sous-représentées dans tous les pays (la participation moyenne était de 24 pour cent en 2006), toutefois avec des nuances claires, comme on peut le lire dans le rapport sur l'égalité entre les hommes et les femmes dans l'Union Européenne en 2007. En Allemagne, en Autriche, en Espagne et en Belgique, la part des femmes est supérieure à 30 pour cent, en Suède, en Finlande, au Danemark et aux Pays-Bas, les Parlements sont même composés de plus de 40 pour cent de femmes. A l'autre bout de l'échelle, la Grèce, la France, la Slovénie, l'Irlande et la Roumanie, dont la part des femmes est inférieure à 15 pour cent, encore dépassée par Malte et la Hongrie où la participation des femmes n'atteint même pas 10 pour cent.

Il en va autrement de la répartition dans l'économie. La part des femmes dans des fonctions de direction est de 32 pour cent (2005) pour toute l'UE, donc beaucoup plus élevée qu'en politique. En tête les pays baltes (Lettonie 44 pour cent !) et la France avec plus de 35 pour cent de femmes. Mais si l'on ne considère que les plus hauts niveaux de direction dans l'économie, la moyenne de l'UE n'est plus toutefois que de 10 pour cent de femmes. Dans les directions générales des 50 plus grandes entreprises cotées en bourse en Allemagne, on trouvait en 2005 12 pour cent de femmes, ce qui plaçait l'Allemagne au huitième rang dans le classement de l'UE.

Dans l'éducation, jeunes filles et jeunes femmes sont plus performantes que les garçons et les jeunes hommes dans presque tous les pays de l'UE. Plus de femmes commencent des études (en 2003, leur proportion était de 54 pour cent dans toute l'UE) et elles ont même plus de succès dans les diplômes de fin d'études (59 pour cent). Dans les échelons supérieurs de la carrière académique, la part des femmes diminue fortement, en Allemagne notamment. En 2004, elles représentaient 39 pour cent des candidates à un doctorat (43 pour cent dans la moyenne de l'UE), atteignaient à peine 23 pour cent de touts les doctorats d'État et occupaient 9 pour cent des chaires de professeur (15 pour cent à l'échelle de l'UE) (cf. She Figures 2006).

La situation des femmes sur le marché du travail, et donc leur participation économique, est nettement moins bonne que celle des hommes. Le taux d'emploi des femmes était en 2005 de 56,3 pour cent dans la moyenne de l'UE, de 71,3 pour cent pour les hommes. Notons ici aussi des différences nationales. Le Danemark et la Suède détiennent les taux d'activité de femmes les plus hauts avec plus de 70 pour cent. Également les Pays-Bas atteignent un taux élevé de 67,5 pour cent mais sont aussi en tête pour les emplois à temps partiel : 75 pour cent des femmes travaillent à temps partiel. L'Allemagne vient en deuxième position pour le travail à temps partiel avec 46 pour cent. Le record du taux d'activité des femmes le plus bas est détenu par la Grèce et la Pologne avec moins de 48 pour cent, et enfin, Malte avec 35 pour cent. Les femmes en Grèce et en Espagne sont fortement touchées par le chômage, où elles sont deux à deux fois et demie plus souvent sans travail que les hommes. Le taux de chômage moyen des femmes est de deux pour cent supérieur à celui des hommes dans la moyenne de l'UE (8,5 face à 6,7 pour cent, janvier 2007).

En dépit de la qualification élevée des femmes, elles se trouvent, comparées aux hommes, plus souvent dans des positions inférieures et dans des professions moins bien payées. En dépit d'exigences similaires en matière de qualification, le salaire de professions typiquement féminines est inférieur à celui de professions typiquement masculines dans certains pays. En conséquence, les éducatrices perçoivent un salaire inférieur à celui de mécaniciennes automobiles, les infirmières gagnent moins que des femmes policiers. 40 pour cent des employées féminines travaillent dans les professions de la santé, dans le domaine de l'éducation et de la formation ou dans le commerce et la vente. Par contre, seuls 20 pour cent des hommes exercent ce genre de professions. L'écart des salaires est particulièrement sensible dans le groupe des employées plus âgées. Les femmes entre 50 et 59 gagnaient en 2005 en moyenne 33 pour cent de moins que les hommes du même âge. L'Allemagne fait partie des États avec une discrimination des salaires particulièrement élevée (22 pour cent), tandis que la France fait meilleure figure dans la moyenne de l'UE avec 12 pour cent.

On est frappé par le fait que le taux d'activité des femmes recule de 15 pour cent entre 20 et 49 ans lorsqu'elles ont un enfant, tandis que la proportion augmente de 6 pour cent pour les hommes. Cela correspond à une étude européenne sur l'utilisation du temps de l'an 2004, selon laquelle les femmes entre 20 et 74 ans consacraient en moyenne presque quatre heures par jour aux travaux ménagers, les hommes par contre à peine un peu plus de deux heures. Dans tous les pays examinés, les hommes disposaient de plus de temps libre que les femmes.

La situation défavorisée des femmes sur le marché du travail entraîne aussi pour elles un plus grand risque de précarité. 15 pour cent des femmes, face à 13 pour cent des hommes, sont considérées à l'échelle de l'UE, même après obtention de prestations sociales, comme étant menacées par la pauvreté. Des risques particuliers de pauvreté pour les femmes sont le chômage qui aboutit à l'exclusion du marché du travail plus souvent que pour les hommes, le statut de mère célibataire, le fait de vivre seule à la vieillesse, ainsi qu'appartenir à une minorité ethnique ou être une migrante. En outre, du fait que les femmes fournissent beaucoup plus de travail d'assistance et d'éducation impayé que les hommes, elles sont donc moins bien intégrées sur le marché du travail et ont donc moins de droit à une retraite, ce qui contribue à renforcer le risque de pauvreté. A l'exception de la Slovaquie, c'est la raison pour laquelle dans tous les pays de l'UE, vivre dans la pauvreté est beaucoup plus probable pour les femmes âgées en dépit des prestations sociales que pour les hommes (20 pour cent face à 15 pour cent).

La violence contre les femmes est la violation des droits de l'Homme la plus fondamentale et la plus largement pratiquée. Selon des estimations du Lobby Européen des Femmes, 45 pour cent des femmes en Europe ont déjà subi une fois des violences masculines. Et le groupe d'expertes de la Commission Européenne « Gender, Social Inclusion and Employment » en conclut que les cas déclarés de violence conjugale, le trafic humain et la prostitution forcée ne représentent que la pointe de l'iceberg. Le gouvernement britannique estimait par exemple que dans les années 2000 et 2001, il y avait eu 15,4 millions de cas de violence conjugale en Grande-Bretagne, dont 84 pour cent dirigés contre les femmes et que chaque semaine, deux femmes mouraient des suites de violences conjugales. La violence conjugale est présente dans toutes les classes sociales. Environ un quart à un demi-million de femmes et d'enfants sont victimes de trafics humains chaque année en Europe. L'Europe de l'Est, l'Afrique et l' Amérique latine sont ici les pays d'origine mais les États membres les plus riches de l'UE sont les pays destinaires majeurs.

Dans l'évaluation de la situation des femmes, impossible de porter un jugement à l'emporte-pièce sur tous les pays, les différences statistiques sont trop grandes. Toutefois, les chiffres permettent de conclure que nous sommes en présence dans toute l'Europe d'un préjudice structurel des femmes, car à l'exception du succès scolaire et des diplômes de fin d'études, les femmes ne bénéficient d'aucun avantage par rapport aux hommes dans aucun pays de l'UE. Exceptée bien sûr l'espérance de vie.


de Birgit Erbe
Eurotopics

*Photo: iStockphoto

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire