vendredi, janvier 08, 2010

*Quelle Europe en 2034 ?*


La ville du futur telle que l'avait imaginée le réalisateur allemand Fritz Lang pour "Metropolis" (1927)

***Dans 25 ans, anticipe l'essayiste suédois Kjell Albin Abrahamsson, l'Union comptera tous les pays européens - sauf la Turquie -, aura une politique énergétique commune et parlera enfin d'une seule voix.

Il est curieux de se dire qu'il y a vingt-cinq ans, l'Union européenne ne comptait que 27 Etats membres. Aujourd'hui, un quart de siècle plus tard, tous les pays d'Europe sont membres de l'Union. L'avant-dernier bastion de résistance a été la Biélorussie, où les frères Loukachenko ont été destitués lors d'un soulèvement populaire. Le tout dernier pays du continent à devenir membre a été la Suisse, cette chambre forte inviolable, qui a attendu 2030 pour intégrer la puissante Union, année où la Suède est devenue membre de plein droit de l'OTAN. Le club des correspondants de la presse internationale à Bruxelles a décerné à la Suisse le prix "Vaclav Klaus", du nom d'un chef d'Etat tchèque réputé alors pour ses positions à contre-courant.

En cette année de grâce 2034, la question de l'adhésion de la Turquie n'a toujours pas été tranchée, bien que le pays satisfasse à toutes les exigences formelles. Cette exclusion résulte uniquement de la résistance opposée par l'Allemagne, la Grande-Bretagne et la France. La Turquie collabore étroitement avec l'Union européenne et bénéficie de plein droit de ses fonds structurels, par exemple. Mais elle n'en fait pas officiellement partie. "Nous avons droit à tous les plats du menu européen, mais nous échappons aux bureaucratiques et nauséabonds choux de Bruxelles", synthétisait récemment le chef du gouvernement turc. Grâce à son Etat laïc, à son économie de marché florissante et à sa démocratie vivace, la Turquie est devenue un modèle pour ses voisins musulmans de la région. En termes de population, le pays a dépassé l'Allemagne depuis dix ans et ce simple fait - ajouté à la question chypriote, toujours irrésolue - est la raison sous-jacente de la position singulière de la Turquie d'étrangère au sein de l'Union.

La fin d'une Union ethnocentrée

Un coup d'œil rapide dans le rétroviseur nous révèle que chaque élargissement de l'Union européenne s'est accompagné de défis de plus en plus corsés. Une certaine nostalgie entoure l'agrandissement en douceur de la famille européenne en 1995, avec l'arrivée de pays riches, neutres et consensuels, qu'étaient la Finlande, l'Autriche et la Suède. En revanche, l'élargissement de 2004 et l'intégration de huit anciens pays communistes d'Europe centrale, auxquels se sont ajoutées deux îles méditerranéennes, a été une épreuve, à la fois économique et psychologique, pour une Union qui était jusque-là "ethnocentrée" sur l'Ouest.

L'expérience du communisme et de l'économie planifiée des pays de l'ancienne Europe de l'Est marque encore leur attitude au sein de l'Union. Leur crainte des ingérences gouvernementales et de la gestion de détail est manifeste. La plus grande résistance à la conversion de l'Union en "super-Etat" est précisément venue de ces pays, auxquels se sont ajoutées la Bulgarie et la Roumanie, et dont l'adhésion aura coûté cher. L'intégration des anciennes républiques yougoslaves, la Croatie d'abord, suivie de toutes les autres, plus l'Albanie, aura été une affaire coûteuse sur le plan économique, mais aura bénéficié d'un fort ancrage populaire - "une Yougoslavie ressuscitée mais dans une version plus grande, pacifiée et démocratisée", pour reprendre les termes d'un confrère.

Une diplomatie internationale

Malgré toutes les sombres prédictions des Cassandre, des progrès sensibles ont été accomplis sur les questions climatique et environnementale. Ces avancées ont été ponctuées de nombreux revers, et pas moins de quatre sommets de Copenhague auront eu lieu en l'espace de deux décennies. Le plus grand pas en avant a été la création d'une autorité commune de l'énergie, qui a mis fin aux pires dérives des politiques énergétiques nationales.

Voilà bientôt 25 ans que l'Union est dotée d'un président, ce qui nous semble une évidence aujourd'hui. En revanche, le débat fait toujours rage pour savoir si celui-ci doit plutôt prendre la forme d'un habile négociateur ou d'un leader charismatique. Les grandes puissances européennes affectionnent les leaders brillants, voire flamboyants, à la condition toutefois qu'ils viennent de chez elles. Les pays plus petits semblent à l'inverse avoir une préférence pour les PDG. Le rôle de l'Europe en matière de politique étrangère s'est accru sensiblement au cours du dernier quart de siècle.

Dans les années 1970, le ministre américain des Affaires étrangères, Henry Kissinger, déplorait que l'Europe n'ait pas de numéro de téléphone et manque donc d'influence. Depuis que l'Europe s'est pourvue d'un numéro, l'Union européenne a pris la tête de la diplomatie internationale, comme elle l'a prouvé de manière énergique en mettant fin aux nombreux conflits qui agitaient l'Afrique orientale. La déclaration d'Olof Palme [Premier ministre de la Suède de 1969 à 1976], selon laquelle l'adhésion de la Suède à la CEE était inconcevable faute d'une politique étrangère coordonnée, semble bien lointaine.

Kjell Albin Abrahamsso
01 janvier 2010
Le réseau presseurop.eu

***A SUIVRE...!***

Bien à vous,

Morgane BRAVO

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