vendredi, mars 18, 2011

*François Fillon : "le Président est le meilleur candidat"* France



François Fillon répond aux questions de David Pujadas sur France 2 le 17 mars 2011 :

"David PUJADAS
Voilà donc une semaine après pour cette situation humanitaire et nucléaire aussi qui continue bien sûr de tenir le monde en haleine. Bonsoir François FILLON.
François FILLON
Bonsoir.
David PUJADAS
Merci d’avoir accepté notre invitation. De quelles informations disposez-vous sur la situation à la centrale nucléaire ? Etes-vous inquiet ce soir encore ?
François FILLON
Oui, bien sûr, c’est une crise qui est d’une extrême gravité. Simplement, les Japonais se battent avec un courage remarquable et petit à petit se met en place une coopération internationale qui a été difficile à établir. Il y a maintenant un groupe d’experts français, britanniques et américains…
David PUJADAS
Français…
François FILLON
Et y compris Français qui travaillent en permanence, en continu avec leurs homologues japonais.
David PUJADAS
Là-bas sur place ?
François FILLON
Non, à partir des différentes autorités nucléaires dans les différents pays. Il y a quelques Américains sur place, ce qui facilite l’échange d’informations entre les uns et les autres. Et on a ce soir effectivement comme vous l’avez indiqué, le sentiment que les quatre réacteurs sont à peu près stabilisés et n’émettent plus en tout cas, de grandes quantités de radiations, qu’il y a encore cette question de la piscine des combustibles qui doit être remplie d’eau. Il y a une lueur d’espoir mais il faut reconnaître que c’est dans une situation tellement critique qu’on ne peut pas encore aujourd’hui être optimiste.
David PUJADAS
Est-ce qu’on peut dire qu’on est passé à côté de la catastrophe ou est-ce qu’il est trop tôt ?
François FILLON
Non, je crois qu’il est trop tôt encore pour le dire, il y a toujours le risque d’une catastrophe majeure, c’est-à-dire de rejets massifs dans l’atmosphère, de radiations. Mais il y a maintenant et j’ai envie de dire chaque jour qui passe donne un peu plus d’espoir d’éviter cette catastrophe majeure.
David PUJADAS
Que dites-vous aux Français qui sont là-bas et savez-vous combien ils sont encore aujourd’hui ?
François FILLON
Oui, très précisément, on les suit avec l’ambassade, j’ai encore eu l’ambassadeur au téléphone longuement aujourd’hui. Nous n’avons pas donné d’instructions d’évacuation, nous avons conseillé aux Français qui n’avaient pas des raisons impératives de rester à Tokyo de s’éloigner. Nous avons mis en place des rotations d’avions supplémentaires pour faire face à la demande. L’ambassade suit de façon très précise chacun. Nous avons même distribué des pilules d’iode au cas où cela serait nécessaire et il y a un système d’information qui fonctionne très bien.
David PUJADAS
Mais vous ne demandez pas à nos ressortissants de quitter le Japon ?
François FILLON
Non, il n’y a pas de raison de le faire aujourd’hui, il faut suivre les instructions qui sont données par les autorités japonaises. Nous suivons les choses de très près mais il y a des Français qui souhaitent rester. Il y a des Français dont on a besoin notamment à l’ambassade, on a réduit les effectifs de l’ambassade à Tokyo et si la situation sur Tokyo devenait dangereuse, nous avons prévu naturellement l’évacuation de l’ensemble des personnels.
David PUJADAS
Alors cet accident nucléaire a provoqué une vive émotion y compris en France, premier pays d’Europe pour l’équipement nucléaire. Beaucoup demande un débat, certains demandent un référendum. Avant de vous entendre sur le sujet, on écoute Nicolas HULOT et Martine AUBRY.
// Nicolas HULOT, document EUROPE 1 //
// Martine AUBRY, Première secrétaire du PS //
David PUJADAS
Propos recueillis par Dominique MAS. Monsieur le Premier ministre, vous avez annoncé vous-même un audit sur l’ensemble des centrales nucléaires françaises, est-ce que ce n’est pas le signe que les contrôles n’étaient pas suffisants jusque là ?
François FILLON
Je crois qu’il faut dire qu’il serait absurde d’affirmer que cet accident nucléaire condamne le nucléaire. Il n’y a pas de risque zéro et en France depuis plus de 40 ans nous avons le parc nucléaire le plus important sans jamais avoir connu d’accidents graves. Mais ce serait tout aussi absurde de dire que cet accident ne nous concerne pas. Et ce que nous…
David PUJADAS
En quoi nous concerne-t-il précisément ?
François FILLON
Il nous concerne dans la mesure où il faut que nous confrontions chacune de nos centrales nucléaires à la situation qu’a connu la centrale japonaise même si nous savons que nous ne sommes pas exposés aux mêmes risques en terme de tremblement de terre et de tsunami. Mais ce que nous allons faire, ce que le Parti socialiste comme d’autres formations politiques ont réclamé et que j’ai annoncé mardi à l’Assemblée, c’est un test de la résistance de chacune de nos centrales à la pire des situations, c’est-à-dire qu’on va appliquer à chaque centrale nucléaire grosso modo les conditions qu’a connu la centrale japonaise. C’est-à-dire une situation où tout s’arrête parce que l’ensemble des systèmes de secours ne fonctionne plus notamment en raison de l’absence d’alimentation électrique.
David PUJADAS
Est-ce qu’il y a vraiment une volonté d’aller jusqu’au bout sur ces tests, autrement dit est-ce que vous n’hésiterez pas le cas échéant à demander ou à proposer la fermeture de certaines si elles ne sont pas suffisamment sûres ?
François FILLON
Bien sûr, si nous faisons ces tests ce n’est pas simplement pour réagir à l’inquiétude de l’opinion, c’est parce que c’est notre devoir de nous assurer que toutes les conditions sont prises pour que la sécurité des centrales soit maximum. Donc il y a tout lieu de penser que ces tests vont donner lieu à des recommandations, ils seront faits par l’Autorité de sûreté nucléaire qui est une autorité indépendante. Elle va proposer des recommandations, ces recommandations vont sans doute nous obliger et obliger EDF à investir dans des systèmes de sécurité supplémentaires redondants, peut-être dans la mise en place d’un système mobile pour permettre de suppléer les systèmes de secours d’une centrale qui serait dans la situation de la centrale japonaise. Et naturellement s’il apparaissait qu’une centrale présente le moindre risque elle serait immédiatement fermée. Mais…
David PUJADAS
13 centrales ont plus de 30 ans aujourd’hui en France, Angela MERKEL en Allemagne a annoncé la fin du moratoire pour ses centrales très anciennes qui devaient continuer à fonctionner. Est-ce qu’en France on réfléchit aussi à de telles mesures ?
François FILLON
C’est une décision que je n’ai pas à qualifier mais qui ne s’appuie pas sur des réalités objectives. On décide de la fermeture d’une centrale si on estime que cette centrale, si l’Autorité de sûreté nucléaire estime que cette centrale n’est plus en état de fonctionner ou qu’elle présente des risques. Si elle est en état de fonctionner et qu’elle ne présente pas de risques, il n’y a aucune raison de l’arrêter. Et la durée de 30 ans n’a aucune signification, ce sont des durées qui étaient d’ailleurs plus des durées d’amortissement des investissements que des durées de fonctionnement. Donc nous nous ne sommes pas dans cet état d’esprit, nous voulons des critères objectifs, des analyses objectives et on prendra les décisions qui s’imposent.


David PUJADAS
Dernière question sur le sujet, est-ce qu’on peut tenir un autre discours quand on est Premier ministre d’un pays où l’industrie nucléaire est aussi stratégique non seulement pour l’approvisionnement énergétique mais aussi pour les exportations et la vie économique en général ?
François FILLON
Le rôle d’un gouvernement, mais en France comme dans les autres pays développés, c’est de proposer des solutions qui soient des solutions réalistes. J’entendais Nicolas HULOT, pour lequel j’ai beaucoup de respect, parler de référendum sur la sortie du nucléaire…
David PUJADAS
Vous l’excluez ?
François FILLON
D’abord je pense que la sortie du nucléaire, qu’est-ce que c’est ? si elle a été décidée, en imaginant qu’on la décide, c’est dans 30 ans. Et la sortie du nucléaire cela veut dire quoi ? Cela veut dire aujourd’hui dans l’état actuel des choses, remplacer les centrales nucléaires par des centrales à charbon, à gasoil et à gaz, c’est-à-dire...
David PUJADAS
Ou par des éoliennes ?
François FILLON
Non parce que les éoliennes, alors cela c’est très important, nous avons engagé un débat à l’occasion du Grenelle pour mettre en place un complément avec des énergies renouvelables. Et nous nous sommes fixés un objectif qui est 23% d’énergies renouvelables en 2020. Je vous dis ce soir que non seulement nous atteindrons cet objectif mais nous sommes déjà en avance sur le tableau de marche. Nous installons actuellement 1.000 mégawatts de solaire par an, et 1.000 mégawatts d’éolien par an. Alors on peut discuter de ce mixe énergétique comme on dit, de ces équilibres, on peut discuter des calendriers, il peut y avoir de nouveaux débats et je ne verrais que des avantages à ce que le Parlement se saisisse de nouveau de cette question de notre politique énergétique. Mais l’idée qu’on puisse se passer du nucléaire est une idée qui n’a pas de sens. Je voudrais juste ajouter un mot, je pense que l’une des conséquences aussi de ces évènements va être de nous conduire à formuler des exigences plus sévères pour l’exportation de technologies nucléaires à l’extérieur. Je pense que désormais nous ne pourrons exporter des centrales nucléaires que dans des pays qui auront atteint un niveau de développement et un niveau de maîtrise de la technologie et de la capacité à faire face à des évènements comme celui auquel on assiste, qui soit suffisant.
David PUJADAS
Alors, trois questions encore sur d’autres sujets parce que nous sommes aussi rattrapés par l’actualité et d’abord puisque l’on était sur le terrain politique, il y a ce sondage qui a fait sensation ces dernières 24 heures à droite. Sondage BVA pour le Nouvel Observateur, 53% des sympathisants de droite font de vous leur candidat préféré pour l’UMP en 2012 contre 47% pour Nicolas SARKOZY. Si l’on considère l’ensemble des Français l’écart est encore plus large. Alors vous avez déjà en partie répondu, vous avez indiqué que par définition la candidature naturelle était celle du Président de la République, sous la Vème République. Est-ce que ça veut dire que vous excluez vous, totalement, d’être un candidat de recours, ou un candidat tout court, en 2012.
François FILLON
Oui, d’abord…
David PUJADAS
Vous l’excluez…
François FILLON
Je veux vous dire à quoi je pense le matin en me rasant, monsieur PUJADAS. Je pense à ce drame japonais, je pense à la situation du peuple libyen, je pense aux révolutions arabes, je pense aux Français qui souffrent des conséquences de la crise économique et financière, qui ont du mal à boucler les fins de mois et je me dis que mon devoir c’est d’essayer de ne pas les décevoir. Et sous l’autorité du Président de la République, de continuer à mettre en œuvre la politique que nous avons choisie. Et pour le reste, comme je l’ai dit...
David PUJADAS
Ca vous fait plaisir, quand même.
François FILLON
Vous savez les sondages, à 14 mois des élections, ils sont assez peu fiables.
David PUJADAS
Alors écoutez, ce n’est pas seulement des sondages, certains députés UMP n’hésitent plus à parier, à parler plutôt – la nuance est importante – de l’hypothèse de la candidature. Ecoutez et puis vous nous répondrez.
// Etienne PINTE… //
Il y a quelques mois encore, personne n’aurait osé parler ainsi. Je vous repose ma question : est-ce que vous excluez totalement d’être candidat ?
François FILLON
Oui, le Président de la République est le meilleur candidat pour défendre les couleurs de la majorité.
David PUJADAS
Vous ne me répondez pas tout à fait…
François FILLON
De la droite, et du centre. Et comme le dit à l’instant mon ami Etienne PINTE, pour lequel j’ai beaucoup d’affection, le Président de la République sera candidat aux élections présidentielles, c’est à lui de l’annoncer, mais en tout cas c’est mon souhait parce que ma conviction, c’est que c’est le seul qui peut permettre la victoire de la droite et du centre.
David PUJADAS
Alors il y a une déclaration dont on parle beaucoup depuis ce matin, c’est celle de Claude GUEANT, Ministre de l’Intérieur qui a indiqué – c’était sur Europe 1 – « Les Français à force d’immigration incontrôlée ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux ». Le Parti socialiste estime que Claude GUEANT double le Front National sur sa droite, le Front National qui indique que Claude GUEANT pourrait être un membre d’honneur du Front National. C’est Marine LE PEN qui l’indique. Est-ce que vous vous retrouvez, vous, dans cette déclaration ?


François FILLON
J’étais il y a quelques jours à la Préfecture de Police de Paris pour remettre la nationalité française à des étrangers qui avaient choisi de vivre en France et qui voulaient devenir français. Et au fond, qu’est-ce qu’ils disent? Comme beaucoup de Français, c’est que l’immigration clandestine empêche l’intégration et que l’immigration clandestine exaspère nos concitoyens. Et donc…
David PUJADAS
Mais la tournure de cette phrase, parce que vous comprenez bien que…
François FILLON
Et donc il faut… et donc il faut… Je ne m’attache pas aux tournures de phrase, je m’attache à la politique que l’on conduit. Et la politique que conduit Claude GUEANT sous l’autorité du Président de la République et du Premier ministre, c’est une politique ferme de lutte contre l’immigration clandestine.
David PUJADAS
Vous n’y voyez pas une volonté d’aller chasser sur les terres du Front National ?
François FILLON
Pas du tout. Vous savez le Front National – j’ai eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises – nous n’avons rien de commun avec lui. Nous n’avons aucune valeur en commun et surtout le programme du Front National est un programme qui n’a aucune crédibilité. Et pour moi, tout ce qui contribue à renforcer les extrêmes est dangereux pour la démocratie et pour la crédibilité de la France. Et je n’aurai jamais d’autres positions que celle-là. Et je souhaite d’ailleurs que la gauche ait la même avec l’extrême gauche.
David PUJADAS
Alors dernière question Monsieur le Premier ministre, sur cette crise libyenne qui s’accélère ces dernières heures puisque face à la reconquête militaire des troupes du colonel Kadhafi, eh bien le Conseil de sécurité de l’ONU va se prononcer ce soir sur une résolution, à New York. Une résolution qui prévoit un possible recours à la force. (…)
// Reportage en direct de New York //
// Reportage à Tripoli //
David PUJADAS
Monsieur le Premier ministre, d’abord est-ce que la France souhaite si cette résolution est adoptée une action militaire dans les toutes prochaines heures.
François FILLON
Bien sûr, c’est la France qui depuis plusieurs jours est à la manœuvre pour essayer d’obtenir que cette résolution soit votée par le Conseil de sécurité. Hier encore, le Président de la République a adressé une lettre à l’ensemble des membres du Conseil de sécurité, pour les presser d’adopter cette résolution.
David PUJADAS
Cela voudrait dire la guerre.
François FILLON
Cela veut dire en tout cas la possibilité pour la Communauté internationale avec la Ligue Arabe, et je voudrais insister sur ce sujet. Si la résolution est adoptée cette nuit, nous prendrons dès les prochaines heures contact avec la Ligue Arabe pour organiser une rencontre entre l’Union européenne et la Ligue Arabe, parce que nous pensons que ce sont les pays de la région qui ont vocation à intervenir et le temps, on le voit bien, presse et la menace du colonel Kadhafi montre à quel point il est urgent que la communauté internationale se mobilise.
David PUJADAS
Merci François FILLON, d’avoir répondu à notre invitation ce soir."


Bien à vous,
Morgane BRAVO

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire