mardi, avril 24, 2007

*Ce que l'Europe attend toujours de la France*


*** Les Français élisent leur président. Comme toujours, c'est un grand événement politique en France, mais cette fois-ci, c'en est aussi un pour l'Union européenne. En effet, cette dernière se trouve actuellement, entre autres en raison de ce qui s'est passé en France, à un carrefour d'où partent de nombreux chemins - et peu sont bons à prendre. Tous les Européens savent que sans une implication active de la France et plus particulièrement de son nouveau président, la bonne voie ne saura être trouvée. Une telle faillite historique coûterait cher non seulement à l'Union européenne - pour qui cela entraînerait de nouvelles années de stagnation, de désillusions et de perte d'autorité aux yeux de ses citoyens et du monde qui l'entoure. Le prix fort serait payé aussi par la France - à travers une nouvelle perte d'influence au sein de l'UE ainsi qu'à l'échelle globale.

Les Français sont-ils conscients du fait qu'ils décident lors de ces élections, du destin de l'Europe et par là également, pour une génération au moins, du rôle de la France en Europe et dans le monde ?

Pour le moment, cela ne semble pas être le cas. Les deux candidats parlent peu de l'Union européenne, sauf pour en faire, comme cela devient une triste tradition, un bouc émissaire. La Banque centrale européenne et le cours de l'euro, la bureaucratie européenne, la Commission européenne comme cheval de Troie de la "mondialisation ultralibérale" - voilà des slogans incantatoires, propres à désigner facilement aux électeurs les responsables de leurs problèmes, évitant ainsi d'avoir à leur demander le moindre effort pour trouver les vraies solutions. Pas de doute : l'Union européenne est perfectible.

Mais l'immense majorité des problèmes économiques de chaque Etat membre, que ce soit la France, la République tchèque ou l'Allemagne, trouvent leurs solutions au niveau national. Que ce soit la crise des systèmes sociaux, le chômage ou l'état des finances publiques - tout cela s'enracine dans les choix politiques de chaque pays.

Pointer du doigt une autre direction est facile et donc tentant, mais cela ne mène nulle part. Cela ne fait qu'approfondir le discrédit de notre projet européen commun, avec toutes les conséquences négatives que cela entraîne pour l'Union européenne et pour chacun de ses Etats membres, la France comprise.

Or, pour le moment, aucun des deux candidats à la présidence française n'a tiré les conséquences de l'incapacité tragique, ancienne et récurrente des élites politiques à communiquer les enjeux européens aux citoyens. Aucun d'entre eux n'a posé la question primordiale de l'importance du préjudice que le non français a porté à l'Union européenne ainsi qu'à la France ni celle de la responsabilité et des défis qui en découlent pour le nouveau chef d'Etat français.

Qu'est-ce que l'Europe devrait attendre du nouveau président français ? Du courage, avant tout.

Tout d'abord, sans aucun doute, le courage de réaliser les réformes nécessaires, comme l'ont su faire par le passé l'Espagne, la Grande-Bretagne, l'Italie, les pays scandinaves ou la plupart des nouveaux pays membres de l'Union. C'est indispensable pour assurer à la France un nouveau dynamisme économique et politique qui à son tour donnera une nouvelle impulsion à l'Europe tout entière. En revanche, si cette tentative se solde par un échec, ce sera non seulement un gros problème pour l'économie française, mais aussi pour la confiance en soi des Français, pour la position de la France dans l'Union et pour sa capacité à participer à la définition de l'avenir de l'Europe.

Je considère que le nouveau chef de l'Etat français devrait avoir le courage de se saisir de sa part du leadership au sein de l'Union européenne et de contribuer ainsi à en fixer le cap, pour que notre continent réussisse à relever les défis politiques et économiques du monde d'aujourd'hui. Mais ce ne sera pas possible sans la capacité à résister sans faille à la tentation de se défausser sur l'UE de la responsabilité des problèmes économiques du pays, ainsi qu'à la tendance à envisager l'avenir européen exclusivement d'un point de vue français.

C'est précisément pourquoi le nouveau président aura besoin du plus grand courage pour expliquer aux Français que le sens de l'Union européenne ne revient pas à imposer le modèle d'un pays, quel qu'il soit, à tous les autres - et encore moins à être l'instrument des velléités de grande puissance d'un pays, vis-à-vis desquelles les autres n'ont qu'à se taire. Il faudra avoir du courage pour dire que l'Union européenne est un projet commun de tous les Européens qui doit s'appuyer sur la synthèse de leurs aspirations et de leurs expériences du passé, sur la réflexion sur leurs valeurs communes ainsi que sur leurs différences.

La France est un pays clé de l'UE et elle a donné beaucoup à l'intégration de notre continent. Toutefois, dès le début, sa position oscillait entre deux polarités : la vraie conviction européenne des "pères fondateurs" comme Jean Monnet et Robert Schuman ; et un pari pragmatique sur la construction européenne en tant qu'instrument du maintien de l'influence française dans le monde, incarné par le général de Gaulle. L'approche gaullienne s'est avérée être une impasse dès les années 1960 et elle est encore moins réaliste aujourd'hui, dans le contexte de l'Union européenne à vingt-sept Etats membres. En dépit de cela, les Français n'ont toujours pas su choisir sans ambiguïté entre l'héritage gaulliste et la voie qui leur a été ouverte par les pères fondateurs.

Si seulement le président élu cette année avait le courage de trancher enfin ce dilemme, une fois pour toutes - et fonder sa politique sur les éléments constructifs que la France a su donner à l'unification européenne par le passé ! Ce serait une victoire pour l'Union européenne, pour les partenaires européens de la France, mais surtout pour la France elle-même.

Par Josef Zieleniec
Josef Zieleniec est député européen PPE et ancien ministre des affaires étrangères de la République tchèque.

Article paru dans l'édition du 25.04.07.
Le Monde

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