mercredi, avril 25, 2007

*La candidate socialiste peine à mobiliser dans les réseaux patronaux*


*** Ségolène Royal éprouve des difficultés à convaincre les patrons et les responsables d'organisations professionnelles des vertus du nouvel "ordre juste" alliant "efficacité économique et justice sociale" qu'elle entend promouvoir. La candidate socialiste entretient des relations complexes avec le monde patronal et les milieux d'affaires qui lui reprochent, outre quelques déclarations fracassantes, une distance à laquelle ils n'étaient plus habitués.

En prévision du second tour, plusieurs dirigeants d'entreprise, militants ou sympathisants du PS, réunis dans l'Association des amis de Ségolène Royal autour de Pierre Bergé, ancien PDG d'Yves Saint Laurent, et de Jacques Rosselin, créateur d'une société de TV locale sur le Net et par ailleurs fondateur de Courrier international, ont prévu d'organiser, jeudi 26 avril à Paris, une rencontre sur le thème "Les entreprises et le pacte présidentiel". Leur objectif est de tenter de démontrer que les propositions de la candidate socialiste sont, affirme M. Rosselin, "les plus proches des préoccupations des PME, en faveur de la création, de la recherche et de l'innovation...". Cette initiative vise essentiellement le public des patrons "branchés" proches de la sphère d'Internet, des télécoms et des nouvelles technologies, voire de quelques banques coopératives ou mutualistes. Les partisans de Mme Royal aimeraient y adjoindre quelques "entrepreneurs" issus de l'immigration et des banlieues.

Cette démarche s'appuie sur le manifeste des 27 économistes, comme Daniel Cohen, Thomas Piketty, Philippe Eskenazy, qui alimentent les propositions de la candidate socialiste. Ce réseau est animé par Pierre-Alain Muet, ancien conseiller de Lionel Jospin à Matignon et actuel adjoint au maire de Lyon, chargé de mobiliser les anciens dirigeants et hauts fonctionnaires proches du PS.

Dans le secteur privé, la tâche est autrement plus complexe. La plupart des dirigeants d'entreprise qui affichent des convictions de gauche se cantonnent dans la réserve. Ou ils ont été maintenus à l'écart en raison de leur proximité soit avec Lionel Jospin ou Dominique Strauss-Kahn, qui possèdent pourtant de solides carnets d'adresses dans les milieux d'affaires. Quant à l'appel des Gracques, que certains d'entre eux, comme Denis Olivennes, patron de la FNAC, ont signé en faveur d'un rapprochement avec François Bayrou, il a été rapidement balayé.

A l'égard des grandes entreprises, notamment celles du CAC 40, Ségolène Royal a tenu un discours très dur, mettant en cause un jour les rémunérations des patrons, un autre les méfaits des délocalisations ou, plus récemment dans un supermarché, les conséquences désastreuses des mutations technologiques destructrices d'emploi.

Plusieurs de ces grands patrons ont, malgré tout, multiplié les tentatives d'approche. Sans succès. Bertrand Collomb, président de l'Association française des entreprises privées (AFEP), puissant lobby des grands groupes, n'a pas réussi à la faire venir devant ses membres. La candidate socialiste avait invité Louis Gallois, le nouveau président d'EADS, et Jean-Cyril Spinetta, président d'Air France, - plutôt classés à gauche - pour une rencontre, qui a été annulée pour des raisons de calendrier. La confrontation avec Laurence Parisot, présidente du Medef, a donné lieu à un face-à- face très tendu à propos des 35 heures.

Mme Royal a en fait multiplié les gestes et promesses en faveur des PME à partir de son expérience en Poitou-Charentes. C'est au président du Centre des jeunes dirigeants d'entreprise, Thomas Chaudron, qu'elle a commandé un rapport sur la réforme des aides publiques et des subventions de l'Etat aux entreprises. Mais cette tentative de rapprochement ne vaut pas soutien. De son côté, Jean-François Roubaud, président de la CGPME, ne désespère pas. Après le refus qui lui a été opposé avant le 22 avril, il vient à nouveau d'inviter Ségolène Royal - comme Nicolas Sarkozy - à une confrontation avant le 6 mai "pour obtenir des réponses précises", souligne-t-il. Pour appuyer sa démarche, il a demandé au Medef et aux artisans et commerçants de l'UPA de s'y associer.

Michel Delberghe
Article paru dans l'édition du 25.04.07.
Le Monde

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