dimanche, janvier 27, 2008

***La présidence française de l'Union européenne en débat***


***La future présidence française de l'Union européenne, qui a de grands projets, ressemble à un éléphant dans un magasin de porcelaine malgré l'ambition affichée de se mettre au service de l'Europe.

La France assumera la dernière présidence "pleine" de l'UE au deuxième semestre 2008, puisqu'à partir du 1er janvier 2009 le président stable du Conseil européen prévu par le traité de Lisbonne privera les chefs d'Etat ou de gouvernement des autres pays de la partie la plus prestigieuse de cette fonction.

La petite Slovénie, qui assume actuellement la charge avec une modestie proportionnelle à sa taille, est un peu écrasée par l'ombre du mastodonte français et ne cache pas son irritation.

Il y a quelques semaines, devant les députés européens, le Premier ministre slovène Janez Jansa a critiqué Paris à mots couverts, déclarant que la présidence de l'Union par son pays ne serait "peut-être pas aussi grandiose que celle de la France", mais qu'elle se "concentrerait sur la substance".

C'est essentiellement Nicolas Sarkozy qui est visé.

Alors que, selon la jolie formule du député européen UMP Alain Lamassoure, une présidence "sème ce que d'autres récolteront et récolte ce que d'autres ont semé", le président français multiplie les effets d'annonce.

"A la fin de la présidence française, je voudrais que l'Europe ait une politique de l'immigration, une politique de la défense, une politique de l'énergie, une politique de l'environnement", a-t-il déclaré le 8 janvier.

"Outrecuidance française", avait titré Le Monde.

Cela fait en effet des années que l'Union tente laborieusement de se doter d'une politique de l'immigration et de la défense et le mouvement ne sera certainement pas achevé fin 2008; quant à la politique de l'environnement, elle existe depuis des années - et la France la viole allègrement.

ACROBATIES

De même, quand Nicolas Sarkozy rend visite à des pêcheurs, samedi dernier, il leur promet de mettre à profit la présidence française pour "sortir des quotas" de pêche, alors que les ministres des Vingt-Sept viennent de confirmer ces instruments.

Ses critiques contre la Banque centrale européenne (BCE) et l'insistance avec laquelle il pousse son projet d'Union méditerranéenne ulcère aussi de nombreux pays, dont la Slovénie et l'Allemagne, qui craignent l'apparition de divisions.

La surexposition médiatique de la vie privée du président irrite également nombre de responsables européens, dont le chef du groupe socialiste au Parlement européen, Martin Schulz.

"Au lieu de mettre l'accent sur (les) défis importants, on parle de la vie privée de M. Sarkozy", a-t-il déploré.

Le commissaire européen aux Transports, Jacques Barrot, qui est pourtant issu de l'UMP, a quant à lui adressé des "conseils de méthode" qui sont autant d'avertissements implicites.

Il faut, a-t-il déclaré à quelques journalistes, "éviter les postures" et, pendant la présidence, "jouer le rôle de faiseur de compromis en évitant de privilégier les grands pays".

Les ministres français de passage à Bruxelles sont souvent obligés de corriger le tir sans paraître désavouer Sarkozy, ce qui les force à de délicats exercices d'équilibristes.

"Nous ne mettons pas en cause les quotas", a ainsi déclaré jeudi le ministre français de l'Agriculture et de la Pêche, Michel Barnier, assurant que le président voulait seulement ouvrir un débat sur la fixation de quotas pluriannuels... une proposition de longue date de la Commission européenne.

"LA FRANCE ENERVE SES PARTENAIRES"

Le ministre des Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, s'est livré à un exercice plus acrobatique encore.

La présidence française, a-t-il expliqué mercredi soir lors de ses voeux à Bruxelles, devra savoir "jouer collectif".

"Or une équipe, pour gagner, doit avoir un fond de jeu collectif, quand bien même il y aurait une star dans l'effectif", a-t-il déclaré dans une allusion limpide.

"Une présidence européenne, vous allez me dire que c'est un pléonasme. Peut-être pas en France", a-t-il dit en ajoutant: "Je lis, j'entends, que la France énerve ses partenaires."

Mais les diplomates français soulignent que, même si elle se veut officiellement modeste, la présidence française ne peut empêcher que les yeux soient déjà rivés sur la fin de 2008.

"On doit sans cesse résister à des sollicitations", explique l'un d'eux en expliquant que Paris a dû refuser les demandes pour des sommets pendant "son" semestre présidentiel.

La France a ainsi demandé au Canada que son sommet avec l'UE puisse avoir lieu sous présidence slovène. Sans succès.

Du reste, il y a un "effet d'optique" très net dû à la taille de l'appareil diplomatique de Ljubljana: la France le représente déjà dans près de 120 pays, où ses ambassades locales effectuent des démarches au nom de la présidence slovène.

En outre, les préparatifs de la présidence, qui coûtera 190 millions d'euros au contribuable français, vont bon train sous la direction de l'ambassadeur Claude Blanchemaison.

D'importants travaux d'agrandissement sont en voie d'achèvement à la représentation permanente de la France à Bruxelles, où un auditorium de 150 places et trois salles à manger ont été aménagées pour accueillir les visiteurs.

Trente-cinq agents sont ou vont arriver en renfort, portant les effectifs à 230 personnes, et l'on en est à choisir les cadeaux - cravates, sacs et autres objets - que la présidence offrira aux participants aux réunions et aux journalistes.

Par Yves Clarisse Reuters
BRUXELLES (Reuters)
26 janvier 2008

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