lundi, octobre 10, 2011

*Comment sauver l'euro? par Jean-Dominique Giuliani, Président de la Fondation Robert Schuman*


  Comment l’Allemagne et la France peuvent sauver l’euro ? Une telle question suscite aussitôt en Europe un concert de protestations effarouchées contre « le directoire » et le retour de « l’Europe intergouvernementale ». Pourtant c’est bien à Paris et à Berlin qu’ont été conçus, depuis 2008, la réponse à la crise financière et le sauvetage des Etats européens en difficulté ; et c’est désormais la solidité du couple franco-allemand que testent les marchés internationaux.
Jusqu’ici les réponses apportées à la crise de la dette publique ont été difficiles, les décisions longues à prendre, mais elles ont été réelles et considérables. En quelques mois, l’Union a garanti des prêts à la Grèce, l’Irlande et le Portugal, pour près de 300 milliards € et mis sur pied un véritable Fonds monétaire européen doté de 440 milliards.  Tout cela était inconcevable il y a peu.
Comment se fait-il alors que la confiance ne revienne pas et que la défiance sape les efforts européens ?
La cacophonie des Européens y est pour beaucoup. Les réunions ministérielles se multiplient dans la médiatisation, le principal obstacle à une finance responsable. Tel veut des garanties, tel autre des délais. Chacun y va de sa petite phrase qui ajoute à l’inquiétude légitime d’une opinion troublée et il n’y a toujours pas de gouvernance de l’Euro.
Nombre d’Etats membres ne semblent plus avoir envie de coopérer prioritairement avec leurs partenaires européens et s’en tiennent à la défense d’intérêts à courte vue. Ils ne se sentent pas comptables du projet européen. Ils ont déjà, dans le passé, trop souvent refusé d’évoquer le rapprochement des fiscalités, se sont systématiquement opposés une expression commune de l’Europe à l’extérieur, n’ont pas rejoint l’Euro, même quand ils en avaient accepté l’obligation par traité.  Aujourd’hui, ils rechignent, en prétextant une poussée populiste qui n’est qu’un égoïsme suicidaire. Les institutions communes n’inspirent plus confiance, multiplient les erreurs de communication, sont trop longues à décider et manquent souvent d’imagination et de courage.
Ainsi l’Union donne-t-elle le sentiment que son intégration est désormais arrêtée et ne progressera plus qu’à la marge. C’est cela qui suscite le doute, notre meilleur ennemi, et qui nourrit la défiance.
L’Allemagne et la France ont donc un devoir particulier parce qu’elles se sentent responsables de l’avenir de l’Europe et que, bon gré mal gré, elles ont toujours été au rendez-vous quand il était en mis en question.
Il faut donc durcir le noyau central de l’Euro autour de ceux qui y sont prêts, non seulement pour défendre leurs propres intérêts, mais aussi pour le destin collectif du continent qui exige désormais une gouvernance économique commune. La France et l’Allemagne peuvent le faire d’abord ensemble.
Des règles strictes pour une discipline renforcée dans la gestion publique sont indispensables, mais une vraie politique renouvelée de croissance est nécessaire et l’imagination doit être sollicitée. Elles sont les conditions de la solidarité européenne qui ne peut être que réaffirmée. Nos fiscalités et nos investissements doivent être concertés. Avant les Eurobonds, qui mutualisent les dettes, additionnons nos ressources qui sont suffisantes pour faire face à la crise. C’est la porte qu’ont entrouverte les deux partenaires, 16 août dernier, en décidant de créer pour 2013 un impôt commun sur les sociétés. Ils doivent aller plus loin. Il n’est pas nécessaire d’avoir partout les mêmes taux d’imposition ou les mêmes priorités en matière d’innovation, mais il est impératif de les décider ensemble. C’est cela une Union fiscale et budgétaire pragmatique et efficace. Au cœur de l’Eurozone, la France et l’Allemagne devraient concrétiser leur volonté par un nouveau traité bilatéral qui fixerait des objectifs et un calendrier précis pour leur rapprochement en matières budgétaire, fiscale et d’investissements. En acceptant que d’autres les rejoignent, mais à ces conditions.
Par ailleurs, pour répondre à nos besoins tout en adressant un message fort à l’extérieur, les deux partenaires pourraient judicieusement ouvrir un nouveau chapitre de leur coopération en matière de défense et de sécurité. L’Allemagne a fait d’énormes efforts pour rejoindre la communauté internationale, mais aussi quelques faux pas, que la France peut plus facilement l’aider à corriger.
En restant ouverts à qui veut nous rejoindre, mais en nous engageant solennellement à deux, par un acte juridique voté par nos Parlements, nous convaincrons définitivement que nous sommes vraiment disposés à apporter une réponse commune à la crise de confiance actuelle et que nous sommes à même de décider rapidement des mesures qui s’imposent. Car, c’est, en fait, la question que tout le monde se pose, à commencer par les marchés financiers.

Jean-Dominique Giuliani. Président de la Fondation Robert Schuman.
Article paru dans Le Figaro le 9 octobre 2011 

Bien à vous,

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