Toutes les places européennes ont ouvert en forte baisse vendredi matin, dans le sillage de Wall Street et des places financières asiatiques. Hier, la Banque centrale européenne a injecté près de 95 milliards en urgence pour éviter une crise de liquidité. Davantage que le 11 septembre 2001.
La Bourse de Paris a ouvert en baisse de 1,9 % à 5,522 points vendredi matin, après la chute des indices américains, dans un marché traumatisé par la brutale aggravation de la crise jeudi. Les autres places européennes accusent elles aussi toutes de fortes baisses, Londres cédant 1,77% et Francfort 1,9%. Un peu plus tôt, toutes les places asiatiques ont clôturé en forte baisse, Hong Kong écourtant même sa séance.
PRIS DE panique, les marchés financiers ont connu hier une journée noire. À l'origine de la tempête, encore et toujours les « subprime ». Ces fameux prêts immobiliers accordés aux ménages américains les moins solvables étaient inconnus du grand public il y a quelques semaines. Aujourd'hui, on les découvre partout, logés jusque dans les sicav les moins risquées.
Alors que depuis plusieurs semaines les marchés bruissent de rumeurs selon lesquelles une grande banque allemande serait en grave difficulté, c'est de France qu'est venue la mauvaise surprise. Dès l'ouverture des Bourses, la première banque hexagonale BNP Paribas a annoncé qu'elle gelait trois de ses fonds sous gestion, investis en partie en « subprime ». Les investisseurs ont craint que l'ensemble du système bancaire européen ne soit contaminé. Dans la foulée, la banque allemande WestLB était obligée de démentir les rumeurs concernant sa forte exposition (17 milliards de dollars) sur ce segment à risque. Sans convaincre.
La panique a alors gagné le marché monétaire. Dès 10 heures, les banques ont suspendu net leurs opérations de refinancement, refusant plus particulièrement de prêter aux autres établissements financiers par crainte d'une propagation de la crise. Conséquence, le taux interbancaire - le taux auquel les banques se prêtent de l'argent au jour le jour - s'est brutalement envolé passant en quelques minutes de 4,10 % à plus de 4,70 %. Un mouvement d'une ampleur exceptionnelle qui a propulsé le loyer de l'argent à son plus haut niveau depuis six ans en... quelques minutes.
Bush s'en mêle
« C'était de la folie, plus personne ne voulait coter ou offrir des prix, même les grandes banques s'étaient retirées », témoigne un trader. Ce mouvement a conduit la Banque centrale européenne (BCE) à intervenir dans l'urgence vers 10 h 30. « Il y a des tensions sur le marché monétaire européen et nous nous tenons prêts à assurer les conditions de fonctionnement normal du marché », a-t-elle indiqué aux opérateurs financiers.
Une déclaration qui n'a pas suffi à apaiser les esprits. En fin de matinée, la BCE est donc passée à l'action, indiquant qu'elle se tenait prête à assurer 100 % des demandes de prêts que lui adresseraient les établissements bancaires. Quarante-neuf banques ont demandé des fonds, conduisant la BCE à injecter 94,84 milliards dans le circuit. La soudaineté de cette intervention et surtout son montant astronomique - qui dépasse de près de 30 milliards les liquidités injectées au lendemain des attentats du 11 septembre et représente plus de dix fois les montants mis en jeu lors des opérations normales - témoigne de la gravité de la crise. De l'autre côté de l'Atlantique, la Fed est également intervenue, injectant plus du double des fonds habituels tout comme la banque du Canada. « Les banques centrales nous disent que tout va bien, mais ce qu'elles font prouve qu'elles sont vraiment inquiètes », résume un gérant.
Fait inhabituel, la gravité de la situation a même poussé George W. Bush à réagir à chaud. Le président américain a indiqué prêter une « grande attention à l'évolution des marchés qui sont en train de réévaluer leurs niveaux de risques ». Pour autant, il s'est déclaré « pas inquiet : il y avait assez de liquidités sur le marché pour permettre un ajustement en douceur ».
Loin de rassurer les opérateurs, ces tensions sur le marché du crédit ont provoqué un affolement général sur les grandes places boursières. À New York, Wall Street perdait 1,75 % dès le début des échanges, tandis qu'en Europe les principaux indices - CAC 40, Dax et Footsie - reculaient tous de 2 % entraînés dans le rouge par les valeurs financières. Dans la panique, les investisseurs ont vendu massivement les actions des grandes banques, exposées ou non aux « subprime ». Les propos rassurants tenus par de nombreux établissements sonnent plutôt faux. Le marché estime à plus de 300 milliards de dollars l'exposition des banques aux « subprime », alors que 3 milliards de dollars seulement ont pour le moment été identifiés. La crise n'est donc pas prête de s'arrêter. Sur les marchés, chacun cherche désormais à savoir si son voisin est ou non infecté.
ANNE-LAURE JULIEN et CYRILLE LACHÈVRE.
Publié le 10 août 2007
Le Figaro
vendredi, août 10, 2007
***Washington impose des visas aux Européens***
*** La Commission de Bruxelles cherche la parade après la décision américaine d'imposer une autorisation de voyage électronique.
LA DERNIÈRE loi antiterroriste, adoptée le 3 août par le Congrès américain, préoccupe la Commission européenne. Cette législation, dont les modalités d'application restent à définir par l'administration, reviendrait à imposer des visas aux voyageurs européens qui, jusqu'ici, en étaient exemptés. Quinze États membres de l'UE sont concernés, dont la France. La nouvelle législation obligerait notamment les hommes d'affaires à fournir aux autorités américaines, via un formulaire électronique, le planning détaillé de leur voyage, quarante-huit heures avant leur départ. Leur demande pourra être acceptée ou refusée, un aléa critiqué par leurs puissants relais à Bruxelles. « Cela va créer une perte de temps pour les hommes d'affaires et perturber la vie des entreprises », regrette le lobby Business Europe.
Saisie du dossier, la Commission européenne espère pouvoir infléchir la position américaine dans les détails d'application de la loi. « Nous devons vérifier si cette loi est compatible avec notre directive sur la protection des données personnelles, et si elle respecte l'égalité de traitement entre les États membres », dit un responsable européen. Une réunion d'experts américains et européens de la sécurité s'est déjà tenue cette semaine, à Bruxelles.
Le parcours des kamikazes
Face à la détermination américaine, la Commission a prévenu Washington qu'elle était en droit d'imposer aux Américains un système de contrôle équivalent. L'application du principe de réciprocité aux visas serait une première dans l'histoire des relations transatlantiques. Les Américains voyagent sans visa dans toute l'Europe de l'Ouest depuis plus d'un demi-siècle.
Prête au bras de fer, la Commission prépare un rapport sur les conséquences de la nouvelle loi américaine et sur les mesures de réciprocité envisageables, pour la réunion des ministres de l'Intérieur programmée le 18 septembre.
Chaque année plus restrictive, la législation antiterroriste américaine va changer les habitudes de voyage de la Vieille Europe. Les citoyens des Quinze seront soumis de facto à un système de visa, comme les nouveaux États membres de l'UE. « Nous exigeons une égalité de traitement entre anciens et nouveaux États membres en matière de visa, mais nous espérions la suppression des visas pour tout le monde, pas l'inverse ! », rappelle-t-on à la Commission.
Face aux exigences sécuritaires américaines, les arguments de Bruxelles n'ont guère de poids. Les États-Unis gardent en mémoire le parcours des kamikazes du 11 septembre 2001, tous passés par l'Europe, et pour nombre d'entre eux, sans visa. La loi votée début août par le Congrès introduit un « système électronique d'autorisation de voyage » (ETA) pour tous les citoyens non Américains. Il s'agit en fait d'un visa électronique, comme il en existe aujourd'hui en Australie. Plus rapide qu'un visa classique, mais tout aussi sécurisé, l'ETA s'adressera aux hommes d'affaires comme aux touristes. Si le voyage est refusé par voie électronique, l'intéressé sera renvoyé vers le consulat des États-Unis, sans être sûr de pouvoir partir.
Hier, le groupe libéral au Parlement européen a critiqué cette mesure qui vise à « réintroduire par la fenêtre » un visa pour Européens. « Outre les inconvénients pour le monde des affaires et les voyageurs de dernières minutes, ce système soulève une fois de plus la question de la sauvegarde des données personnelles », dénonce la députée Sarah Ludford. « Des millions d'Européens seront, une fois de plus, contraints de livrer des informations personnelles sans garanties sur le respect de leur vie privée : nous entrons dans un système de surveillance affolant, auquel les ministres de l'Intérieur semblent totalement indifférents », déplore-t-elle.
De notre correspondante à Bruxelles ALEXANDRINE BOUILHET.
Publié le 10 août 2007
Le Figaro
*Photo :Un passeport biométrique conçu à l'imprimerie nationale.
Huguen/AFP.
jeudi, août 09, 2007
*Les régions ont le vent en poupe : Europe*

*** Catalans, Ecossais, Flamands, tous aspirent à l'indépendance : l'Europe est en proie à la montée des mouvements séparatistes. Faut-il en conclure que l'intégration européenne favorise la dislocation des Etats nationaux ?
Les mouvements séparatistes ne sont pas l'apanage de l'Europe de l'Est où sont tombés les anciens Etats nationaux à la suite de l'effondrement du communisme et où de nouveaux Etats sont nés, ils sont également à l'ordre du jour en Europe de l'Ouest. Rares sont cependant les organisations séparatistes qui à l'instar de l'ETA basque recourent au terrorisme dans leur lutte pour l'indépendance. Leur combat est au contraire de nature culturelle, les séparatistes, tels les Catalans, se mobilisant pour la reconnaissance de leur langue, de leur culture et de leur nationalité.
Ce sont souvent les régions bien nanties qui se rebellent. Elles peuvent se permettre de prendre leur temps pour réfléchir au bien fondé d'une autonomie, comme c'est le cas par exemple des Ecossais qui disposent de ressources minières. L'exemple de la Belgique montre que la poussée de la décentralisation et de la régionalisation peut devenir un processus inéluctable ouvrant une brèche de plus en plus profonde dans la société.
Le cas de la Catalogne – un modèle à imiter ?
Pour la première fois, l'invité d'honneur de la Foire du Livre de Francfort sera cet automne non pas un pays mais une région, à savoir la Catalogne. Les organisateurs auraient-ils par là levé un lièvre ? Ils s'en avisèrent au plus tard lorsque l'institut culturel Ramon Llull sis à Barcelone et chargé de sélectionner les écrivains pour Francfort, élimina tous les auteurs écrivant en espagnol. Ainsi furent exclus des écrivains à succès, tel Edoardo Mendoza ou Carlos Ruiz Zafón, bien qu'ils soient catalans.
La question de l'indépendance de la Catalogne anime les débats depuis des décennies, mais ces derniers temps, le ton s'est durci. "Il est regrettable qu'au moment où l'influence de l'espagnol croît dans le monde, certains secteurs minoritaires prétendent l'éradiquer au sein même du territoire national", déplorait le quotidien espagnol ABC il y a un an déjà, le 13 juillet 2006, lorsque la Catalogne sollicita son propre stand à la Foire du Livre de Francfort. "Les langues sont un instrument de cohésion sociale et ne doivent pas se convertir en moyens de discrimination des citoyens ou servir une politique revancharde", soulignait le quotidien conservateur.
L'inquiétude que suscite l'unité espagnole est loin d'être immotivée. L'Espagne se compose de dix-sept communautés autonomes et, dans nombre d'entre elles, les esprits sont en effervescence. En février 2007, un référendum a hissé l'Andalousie au rang de "réalité nationale", hymne, drapeau et jour férié à l'appui. Quant aux nationalistes galiciens, ils exigent de Madrid des réparations s'élevant à 24 milliards d'euros. Les gouvernements des îles Canaries et des Baléares réfléchissent à haute voix à une autonomie renforcée. Et au Pays Basque, l'ETA a récemment dénoncé un armistice qui de toute façon n'était pas respecté.
Pour toutes ces entités, la Catalogne sert de modèle. De fait, jamais Barcelone n'avait été aussi éloignée de Madrid qu'aujourd'hui. Depuis 1978 la région nord-est de la péninsule ibérique, entre la Méditerranée et les Pyrénées, est considérée comme région autonome et dispose entre autres, outre ses compétences politiques élargies en matière d'éducation, de santé et d'économie, de sa propre police. Dans le cadre du nouveau statut d'autonomie la Catalogne a accédé au rang de "réalité nationale". Virtuellement, la Catalogne bénéficie depuis deux ans déjà du statut de "région": à l'époque, l'Internet Corporation for Assigned Names and Numbers ICANN l'a autorisée à porter la particule "cat". C'est la toute première particule synonyme de région et d'entité culturelle.
Le cas de l'Ecosse – pacifisme et ténacité
Sur les terrains de sport, l'indépendance des Catalans est déjà bien établie : lors de la coupe du monde de football en salle qui a eu lieu en juin 2007 à Jakutzk, en Russie, l'équipe catalane jouant pour la première fois a vaincu ses collègues espagnols 5 à 3. L'Ecosse aussi a sa propre équipe de football, et ce depuis 1872. À l'époque elle participait au tout premier match international contre l'Angleterre, et ce fut un match nul. Entre temps l'Ecosse a marqué des points sur la voie de l'autonomie politique. Le parti séparatiste Scottish National Party (SNP) est au pouvoir depuis les dernières élections de mai 2007, et dans trois ans la population sera appelée à se prononcer par référendum pour ou contre l'indépendance. À l'heure actuelle, presque 50 % de la population se prononcerait en faveur de l'indépendance.
L'Ecosse semble tentée par le modèle irlandais, pays qui par sa politique en faveur de l'économie affiche, à l'ombre du voisin britannique, des taux de croissance non négligeables. L'essayiste Michael O'Sullivan mettait en garde dans le Irish Times du 3 mai contre la puissance économique d'un voisin écossais accédant à l'autonomie : "Une Ecosse indépendante pourrait devenir un concurrent plus agressif de l'Irlande pour attirer les capitaux et la main-d'oeuvre étrangère, même s'il faut admettre que les deux pays pourraient agir plus étroitement sur le plan politique au sein du Conseil des îles [appellation utilisée pour désigner le Conseil britanno-irlandais] ou du Conseil de l'Union européenne".
Dans une tribune du quotidien belge La Libre Belgique du 1er juin 2007, Tom McCabe, membre du Parlement régional écossais et ancien ministre britannique des Finances, souligne la non-violence du nationalisme écossais, car "contrairement au nationalisme d'Europe de l'Est ou à celui des Balkans, le nationalisme de type écossais ne s'enracine pas dans un problème d'ethnie ou de religion. Une Ecosse nouvelle se lève, de même qu'une nouvelle Grande-Bretagne. C'est la leçon de l'Ecosse à l'Europe."
Grand coup télémédiatique en Belgique
Tandis que les nationalistes écossais attendent encore le bon moment pour leur indépendance, pour nombre de Belges la division du pays en un Nord flamand et un Sud wallon a déjà été une réalité : le 13 décembre 2006, la télévision belge diffusait un reportage fictif dans lequel un journaliste particulièrement excité annonçait depuis le Parlement que les députés de la Flandre du Nord venaient de voter l'indépendance et que la famille royale s'était enfuie à Kinshasa. Les téléspectateurs wallons furent 90% à prendre la nouvelle au sérieux.
"Au fond : une fiction pour faire comprendre que le séparatisme n'est pas…une 'fiction'", commentait Pierre Bouillon le lendemain dans le plus grand quotidien de langue française, Le Soir. De même, les anciens parlementaires Serge Moureaux et Antoinette Spaak émettaient leur opinion dans un 'manifeste pour l'unité francophone' publié dans Le Soir le 26 février, soulignant qu'il n'était plus possible de sauver l'unité de la Belgique. "Les francophones doivent s'y préparer", avançaient-ils d'une seule voix.
La Flandre domine la Belgique non seulement sur le plan politique – depuis 30 ans le Premier ministre est toujours un Flamand – mais aussi sur le plan économique. Autrefois pauvre, la Flandre s'est transformée en bastion du high tech, tandis que le déclin de l'industrie lourde fait de la Wallonie une région déficitaire acculée à de graves problèmes. Le Sud ne se rentabilise plus, observait Alois Berger dans une contribution au Deutschlandfunk du 6 juin 2007. "Les forces motrices du séparatisme ont élu domicile aux postes de direction flamands."
Pas de dénominateur commun
Le bien-être économique est, en d'autres endroits d'Europe, l'arrière-plan décisif sur lequel se déroulent les dialectiques séparatistes. Sans le Sud, l'Italie serait l'un des plus riches pays de l'UE, et, même au Pays Basque espagnol, le revenu est supérieur à celui du reste de l'Espagne. On ne peut guère ramener à un dénominateur commun les différents mouvements séparatistes d'Europe, considérait l'hebdomadaire britannique Economist dans une tribune du 1er mars 2007. L'argent cependant joue un rôle d'importance dans la plupart des cas : "Il est vrai que les entités les plus pauvres seraient moins tentées de se séparer d'un Etat riche, tandis que les régions riches – ou celles qui ont des ressources naturelles – pourraient fort bien le désirer."
Les motifs économiques sont-ils les seuls à jouer un rôle sur les scènes autonomistes des régions et des provinces européennes ? Jean-Michel Helvig ne cachait pas ses craintes, dans Libération du 29 décembre 2005, devant le nouveau spectre du "remembrement" qui hante l'Europe : "Ce national-régionalisme, s'il se radicalise depuis l'élargissement des années 90, est déjà enraciné dans le fonctionnement communautaire. Ce que l'Europe a de supranational sert aux régions en veine d'autonomie pour contourner leurs gouvernements et faire valoir des intérêts propres, surtout économiques."
Nombre de séparatistes sont les représentants de l'idée européenne. Et ce non sans raison. L'UE soutient depuis toujours le principe de la subsidiarité parce qu'il promet une gestion calquée sur les besoins spécifiques des régions et par là plus efficace. Ainsi fut créée en 1985 l'Assemblée des régions d'Europe qui s'est érigée depuis en modèle de réussite. Aujourd'hui, elle comprend 250 régions émanant de 30 pays, dont la Catalogne.
Cette assemblée fait-elle fonction d'exutoire pour la rhétorique séparatiste ou de catalyseur de nature à accélérer l'atomisation des vieux Etats nationaux ? Antoine Maurice, dans la Tribune de Genève du 1er mars 2007, brossait un sombre tableau des Etats de type traditionnel : "Il est vrai que les vieilles nations européennes, par temps de terrorisme et de mondialisation, ne sont pas sûres de maintenir une présence hégémonique dans les relations internationales ni dans leur cohésion interne."
Nicolas Levrat, politologue et professeur de droit à Genève, contrecarre cette opinion dans un entretien avec euro|topics : "Canaliser ainsi l'influence des régions fortes par leur représentation à l'échelle nationale était un coup habile qui a renforcé l'Etat, moins en sa qualité d'Etat national qu'en sa qualité d'Etat dans toute sa diversité, y compris ses pouvoirs régionaux." En apportant son soutien aux régions les plus pauvres, l'UE contribue à réduire les différences économiques entre les régions de chacun des Etats. Ainsi le chroniqueur Michael Mocek estimait-il dans le quotidien tchèque Mlada fronta dnes du 11 juillet 2006 que l'UE était plutôt une force de cohésion : "Si l'Europe de l'Ouest ne se délite pas, au contraire de l'Europe de l'Est, c'est en grande partie grâce à l'Union européenne, qui offre le cadre d'une autonomie accrue."
de Christoph Mayerl
Eurotopics
*Pendant une demonstration à Barcelone une femme montre un poster avec la
phrase en catalan "Nous sommes une nation". Photo: AP
mercredi, août 08, 2007
*France: le déficit commercial se creuse à 15 milliards d'euros au 1er semestre*

*** Le déficit commercial de la France s'est encore creusé au premier semestre 2007, atteignant un total de 15,046 milliards d'euros contre environ 12,917 milliards d'euros un an plus tôt à la même période, ont annoncé mercredi les Douanes.
Sur le seul mois de juin, le déficit s'est établi à 3,011 milliards d'euros contre 3,218 milliards en mai. Les exportations mensuelles ont augmenté à 34,276 milliards d'euros (32,277 milliards en mai) de même que les importations, qui ont atteint 37,287 milliards(35,495 milliards en mai).
"La tendance n'est pas excellente" et "la France perd des parts de marché", a reconnu sur RTL le secrétaire d'Etat aux Entreprises et au Commerce extérieur Hervé Novelli, pour lequel le niveau élevé de l'euro et des cours du pétrole ont fortement pesé mais n'expliquent pas tout.
"L'euro fort peut être un handicap notamment à la grande exportation, mais à l'évidence dans la zone euro cela n'est pas la seule variable explicative", a déclaré M.Novelli.
PARIS (AFP)
vendredi, août 03, 2007
*La politique extérieure de Sarkozy plaît aux Français*
*** Toujours au plus haut dans le baromètre Figaro Magazine, le chef de l’Etat donne aux Français une meilleure image de leur pays.
La cote de confiance de Nicolas Sarkozy reste au plus haut au mois d’août. Selon le baromètre mensuel TNS-Sofres / Figaro Magazine, le chef de l’Etat est à 64%, contre 65% en juillet et 63% en juin. Celle de François Fillon se maintient également, même si elle enregistre une légère baisse (53% contre 56% en juillet).
Autre enseignement de notre enquête mensuelle : Pour la première fois depuis des années, les Français sont une majorité (50%) à estimer que le rôle de notre pays dans le monde se renforce. 31% pensent le contraire. Ce score, qui fait un bond de neuf points en un mois, est sans doute à mettre au crédit de l’activisme du chef de l’Etat en matière internationale.
Les Français moins pessimistes
Le renouvellement politique qu’a connu le pays permet également aux Français de reprendre espoir en l’avenir, même s’ils restent pessimistes. Ils sont 28% à estimer que «les choses vont aller en s’améliorant», deux points de plus qu’en juillet, et surtout 17 de plus qu’en mai.
Les sondés semblent cependant craindre une rentrée agitée. 58% des sondés (+5 par rapport à juillet) estiment que «dans les deux ou trois mois à venir, il va y avoir beaucoup de conflits sociaux». En revanche, 54% d’entre eux estiment que ces conflits «pourront être résolus par la négociation ou le compromis».
Strauss-Kahn à la hausse
Le gouvernement Fillon doit en revanche encore faire ses preuves concernant les priorités des Français, qui restent la lutte contre le chômage (43%, +1) et contre la hausse des prix (22%, +4). Son action en matière d’inflation n’est jugée efficace que par 15% des sondés. Quant au chômage, seuls un quart des Français (+3) sont convaincus.
Enfin, au baromètre des personnalités les plus populaires, Bernard Kouchner reste en tête à 62% (-1), suivi de Jean-Louis Borloo (56%) et de Rachida Dati (53%, -6). Dominique Strauss-Kahn se classe quatrième avec un bond de 9 points, qui le consacre personnalité de gauche la plus populaire. A noter, enfin, la hausse de Jack Lang (44%, +5), et la chute de Villepin (28%, -8).
Sondage réalise auprès d'un échantillon de 1000 personnes interrogées en face-à-face, méthode des quotas.
Samuel Laurent
Le Figaro
Publié le 01 août 2007
*Photo : Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande, Angela Merkel.
Kappeler/AFP.
jeudi, août 02, 2007
*L'UE a accepté que les infirmières bulgares renoncent à poursuivre Tripoli*

***Avant de pouvoir quitter, le 24 juillet, la Libye à bord d'un avion présidentiel français, les infirmières bulgares et le médecin d'origine palestinienne ont été obligés de signer un document où ils s'engagent à renoncer à tout recours judiciaire pour tortures, mauvais traitements, ou détention abusive. La signature de ce document a été une des conditions de leur libération. Elle a eu lieu à Tripoli en présence de diplomates européens, notamment d'un représentant bulgare.
La France s'est engagée à moderniser l'hôpital de Benghazi
Quel est le montant du budget que la France doit allouer à la modernisation de l'hôpital libyen de Benghazi, dans le cadre des gestes qu'elle a consentis en direction de la Libye pour faciliter la libération des infirmières bulgares? Selon le fils du colonel Kadhafi, Saïf Al-Islam, le projet s'élève à "plusieurs millions d'euros". "Ce sera énorme, et très coûteux", nous a-t-il déclaré. Le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, s'est refusé, jeudi matin, à tout commentaire sur le montant exact du projet, précisant que la mise en œuvre en est au "stade exploratoire". Le Quai d'Orsay précise que les sommes relèveront du budget de la coopération. Dans les mois qui ont précédé la libération des infirmières, Paris a négocié avec Tripoli un volet d'aide bilatéral, axé sur l'hôpital de Benghazi. Il est question de rénover l'établissement, de fournir des équipements médicaux sophistiqués et de former du personnel médical libyen.
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Chronologie
16 février 1999 : dix-neuf infirmières bulgares et un médecin palestinien sont arrêtés à Benghazi après la contamination d'enfants par le virus du sida. Treize seront libérées.
6 mai 2004 : cinq infirmières bulgares et le médecin, accusés d'avoir inoculé le sida aux enfants, sont condamnés à mort par un tribunal libyen. Les six, qui affirment avoir été torturés, font appel.
25 décembre 2005 : la Cour suprême libyenne ordonne un nouveau procès.
19 décembre 2006 : la peine de mort est confirmée.
17 février 2007 : appel des accusés.
11 juillet :la Cour suprême confirme les sentences.
24 juillet : libération des infirmières et du médecin.
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Cet aspect, soulève la question des suites judiciaires qui pourraient – ou devraient – être données en Europe à cette affaire. Arrêtés en février 1999 à Benghazi, en Libye, après l'apparition de plusieurs cas de sida chez des enfants ayant été traités dans un hôpital local, les infirmières bulgares et le médecin palestinien ont été affreusement torturés lors de leur détention, dans le but de leur arracher des aveux. La condamnation à mort, par la justice libyenne, des six praticiens étrangers – qui n'ont cessé par ailleurs de clamer leur innocence – a entièrement reposé sur ces aveux.
Or c'est précisément pour faire accepter aux familles des enfants libyens malades du sida l'idée que la peine de mort puisse être commuée en prison à vie – ce qui suppose en filigrane une acceptation de la soi-disant culpabilité des infirmières – que des gouvernements européens et la Commission de Bruxelles ont négocié et mis en place une série d'aides à la Libye, et facilité un dédommagement financier des familles, à hauteur d'un million de dollars par enfant contaminé.
"LES 27 ETATS MEMBRES ÉTAIENT CONSTAMMENT INFORMÉS DES DÉTAILS DES DISCUSSIONS"
Le verdict du juge libyen, basé sur une enquête où des aveux extirpés sous la torture ont été centraux, joue ainsi un rôle essentiel dans la façon dont le dossier a été traité, puis résolu, par les Européens, qui ont de fait monnayé des aides financières et médicales à la Libye contre l'élargissement des prisonniers.
Interrogé mercredi soir 1er août par Le Monde, le porte-parole de l'Elysée, David Martinon, a confirmé qu'un engagement a bien été signé par les infirmières, comportant un renoncement à toute procédure judiciaire en Europe contre des responsables libyens pour tortures. La démarche a été cautionnée à haut niveau du côté européen, puisque, selon M. Martinon, "cela avait fait l'objet d'un échange de lettres entre l'Union européenne et la Libye. Il y a une lettre signée par Benita Ferrero-Waldner, la commissaire européenne pour les relations extérieures, et Frank-Walter Steinmeier, le ministre allemand des affaires étrangères", datant du premier semestre 2007 lorsque l'Allemagne présidait l'Union européenne (UE).
De Bruxelles, la porte-parole de Mme Ferrero-Waldner nous a précisé, jeudi matin 2 août par téléphone, que "les 27 Etats membres étaient constamment informés des détails des discussions" qui se tenaient à Tripoli, et qu'aucun ne pouvait donc prétendre ignorer les conditions de la libération.
Le renoncement des infirmières à des poursuites judiciaires a par ailleurs figuré dans les discussions qu'ont eues, à Tripoli, le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, et l'épouse du président français, Cécilia Sarkozy. Les officiels libyens ont en effet déclaré à l'équipe française que les infirmières refusaient de signer le document en question. C'est en rencontrant ensuite les infirmières que les émissaires français ont appris qu'il n'en était rien, les prisonniers clamant au contraire qu'ils étaient prêts à signer pour hâter leur départ de Libye.
Selon l'Elysée, les avocats des infirmières "étaient tous d'accord" pour qu'un tel engagement soit pris. Contacté mercredi par Le Monde, l'un d'eux, le Français Emmanuel Altit, déclare qu'il s'est rendu à Sofia ces derniers jours, à la demande des infirmières, pour discuter avec elles des éventuelles suites judiciaires à donner à leur détention. Aucune décision n'a été prise à ce stade sur un recours au plan juridique, car pour l'heure, "elles sont détruites, il faut d'abord qu'elles se reconstruisent comme individus, après avoir tant été réduites à l'état de jouets dans les mains des Etats".
L'avocat souligne qu'en aucun cas un document signé dans des conditions de contrainte ne pourrait empêcher les infirmières et le médecin de "faire valoir leurs droitspour que leurs tortionnaires soient poursuivis".
"ELLES ONT ÉTÉ VIOLÉES"
Les récits qu'ont faits les six praticiens à différents médias européens, depuis leur retour en Bulgarie, ainsi que ce qu'ils avaient raconté en 2005 à une équipe de l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch, venue leur rendre visite, ne laissent guère de doute sur le degré de violence auquel ils ont été soumis dans les geôles libyennes, surtout au début de leur détention, en 1999-2000.
Le médecin palestinien, Achraf Hajouj, a ainsi raconté avoir été "enfermé les premiers jours dans une pièce avec trois chiens, qui ont reçu l'ordre de m'attaquer. (…) Une des choses qu'ils m'ont faite est d'enrouler un fil métallique autour de mon pénis et de me tirer à travers la salle. Je hurlais. Le pire, c'était la machine à torturer avec l'électricité. Ils mettaient un fil sur un doigt, et l'autre sur mes oreilles ou sur mes parties génitales. (…) Parfois, j'étais torturé dans la même pièce [que les infirmières].J'étais nu devant elles, et elles à moitié nues. J'ai honte de dire ce qu'ils ont fait aux femmes. Elles ont été violées." Lorsque nous avons lu une partie de ce témoignage à Saïf Al-Islam Kadhafi, le fils du dirigeant libyen, lors de l'entretien qu'il nous a accordé mardi, sa réaction a été de démentir : "Le médecin palestinien exagère, ce n'est pas vrai, les chiens, les chocs électriques… c'est de la fiction. A 100%." Mais il reconnaissait aussi que le verdict du procès des infirmières avait résulté d'un "dossier manipulé" car "les autorités médicales de Benghazi et la police localeont fait en sorte que les étrangers servent de bouc émissaire" après la contamination des enfants libyens.
Les pays de l'UE sont signataires de conventions internationales contre la torture. En théorie, nous explique le juriste Patrick Baudouin, de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), plusieurs recours pourraient s'offrir aux infirmières : une saisie de la justice bulgare avec possibilité de mandats d'arrêt internationaux contre les tortionnaires et les éventuels donneurs d'ordre, ou un recours dans un autre pays de l'UE mettant en jeu le mécanisme de "compétence universelle" qui pourrait entraîner l'arrestation, la traduction en justice, ou l'extradition des personnes visées. Ce mécanisme existe, en principe, en France.
Natalie Nougayrède
LE MONDE
02.08.07
*Photo : AP/VALENTINA PETROVA
Snezhana Dimitrova, l'une des cinq infirmières bulgares emprisonnées huit ans en Lybie. Seules trois d'entre elles étaient "en état" de participer à leur conférence de presse, le 25 juillet 2007.
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*Gordon Brown tenté par des élections anticipées*
*** Pour tirer le meilleur parti de son état de grâce, le premier ministre pourrait provoquer des législatives dès l'automne.
GORDON BROWN préparerait-il des élections surprises pour cet automne ? L'idée, encore fantaisiste il y a quelques semaines, commence à devenir sérieuse. Le Parti travailliste semble avoir commencé des préparatifs pour une telle éventualité. « Je peux confirmer que le parti a été mis en alerte pour des élections anticipées, qui pourraient se dérouler dès cet automne », affirme Martin Slater, le vice-président des travaillistes, dans un entretien au Times.
Tout juste un mois après être devenu premier ministre, Gordon Brown profite d'une véritable lune de miel. Pour la première fois en dix-huit mois, les sondages placent les travaillistes systématiquement en tête face aux conservateurs, avec une avance qui va jusqu'à sept points.
Le leader britannique a réussi un véritable sans-faute depuis son arrivée au pouvoir. Deux jours seulement après son installation à Downing Street, il a fait face, avec sang-froid, à des tentatives d'attentats terroristes à Londres et Glasgow. Les principaux suspects ont désormais tous été interpellés. Il a ensuite multiplié les annonces au Parlement, énumérant les réformes pour l'année à venir : construction de davantage de logements, allongement de la scolarité obligatoire jusqu'à 18 ans, réduction des émissions de gaz à effet de serre avec des objectifs chiffrés quinquennaux... Il a aussi lancé un projet de durcissement des lois antiterroristes, cherchant notamment à allonger la durée de la garde à vue.
Mais plus qu'un changement de politique, Gordon Brown a su imposer un nouveau ton. Au lieu de faire connaître ses annonces à l'avance aux médias, il en réserve désormais l'exclusivité au Parlement. Il s'est même permis d'écorcher le bilan de son prédécesseur, dont les méthodes étaient jugées trop peu protocolaires : « C'est un style différent du gouvernement de canapé », dit-il, faisant référence au fameux canapé sur lequel Tony Blair aimait à recevoir ses visiteurs. Enfin, son récent voyage aux États-Unis, où il fait montre d'une certaine distance avec George W. Bush, a été apprécié par l'électorat britannique.
Les erreurs de l'adversaire
Gordon Brown a aussi su profiter des erreurs de son adversaire, David Cameron. Le jeune leader des conservateurs, qui a fortement redressé son parti depuis sa prise de fonction en décembre 2005, connaît sa première véritable crise. Il a commis l'erreur de se rendre au Rwanda, où les députés conservateurs préparaient depuis de nombreux mois un projet caritatif, au lieu de rester dans sa circonscription près d'Oxford touchée par les inondations. Pendant ce temps-là, Gordon Brown s'est rendu à deux reprises dans les zones inondées et s'est laissé filmer quand il dirigeait les réunions gouvernementales de crise.
Pour autant, des élections anticipées sont loin d'être certaines. D'une part, le rebond des travaillistes dans les sondages n'a rien d'exceptionnel, selon les politologues. « C'est normal. Un premier ministre connaît toujours une telle période quand il arrive en poste, estime Roger Mortimore, analyste à l'institut de sondages Ipsos Mori. Une grande partie de la hausse est due au départ de Tony Blair, pas à l'arrivée de Gordon Brown. »
De plus, le Parti travailliste n'est pas pour l'instant prêt à mener une campagne électorale. Ses finances ne sont pas en ordre, avec une dette de 37 millions d'euros. Après le licenciement de plusieurs dizaines d'employés fin 2005, le parti manque aujourd'hui de bras pour préparer une élection. Enfin, le nombre de ses militants s'est effondré depuis cinq ans. « Organiser des élections anticipées maintenant ne serait pas judicieux, estime Roger Mortimore. En revanche, si la position de Gordon Brown continue à être positive au printemps prochain, c'est une autre affaire. »
Londres SÉBASTIEN MARTIN.
Publié le 02 août 2007
Le Figaro
*Photo : Wijngaert / AP.
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