mercredi, décembre 17, 2008
***FRANÇOIS FILLON RÉPOND À ARNAUD ROBINET***France
***François Fillon, Premier Ministre, répond à Arnaud Robinet, Député de la Marne, au sujet du bilan de la présidence française de l'Union Européenne
mardi, décembre 16, 2008
***Le Président Sarkozy : "l'Europe m'a changé"***

***A quinze jours de la fin de la présidence française de l'Union européenne, l'heure du bilan a sonné pour Nicolas Sarkozy. Devant le Parlement européen, il a assuré qu'il avait gagné en "tolérance et en ouverture d'esprit". Et a souligné l'importance des nations au sein de l'Union. "On a tous les mêmes droits mais certains ont plus de devoirs que d'autres", a affirmé le chef de l'Etat en référence au couple franco-allemand.
Pour son dernier discours en tant que président de l'Union européenne, Nicolas Sarkozy a plaidé ce mardi devant le Parlement européen pour une Europe des nations, capable d'exister politiquement.
Le chef de l'Etat, qui présentait à Strasbourg les résultats du dernier Conseil européen et d'un semestre de présidence française de l'UE, a néanmoins insisté sur le rôle de la Commission européenne et du Parlement européen, alors que ce dernier doit encore se prononcer mercredi sur le paquet "énergie-climat".
"On ne construira pas l'Europe contre les Etats. Aussi Européens que vous soyez, l'Europe n'est pas l'ennemi des nations", a-t-il déclaré à l'adresse des parlementaires européens.
"Vouloir passer par dessus la tête de ceux qui sont élus dans leurs pays, ce n'est pas une erreur, c'est un intégrisme (...) Vouloir construire l'Europe contre les nations serait une erreur historique", a-t-il continué, indiquant qu'il avait essayé de "bouger" l'Europe en ce sens.
Nicolas Sarkozy a insisté à plusieurs reprises sur cette dimension au cours de la présidence française de l'UE, marquant un retour sur le devant de la scène européenne de l'idée gaulliste d'Europe des nations, et en a fait un élément central de son héritage à la tête des Vingt-Sept, au même titre que le renforcement de la dimension politique de l'UE.
"L'Europe est forte lorsqu'elle s'appuie sur des Etats forts et responsables (...) L'erreur est de croire qu'il faut des Etats faibles pour faire une Europe forte", a-t-il encore fait valoir lors du débat avec les députés européens.
"Faire de la politique en Europe, redonner aux Européens des choix politiques c'est bien ce qui manquait (...) La politique doit être de retour en Europe", a souligné le chef de l'Etat.
"Viagra pour gouvernements"
Pour ce faire, il estime que l'UE doit avoir des institutions stables et que les pouvoirs de la Commission et de son président doivent être renforcés.
"Plus il y a de commissaires, plus le rôle d'harmonisateur, d'animateur du président de la Commission se pose (...) Il y a besoin de quelqu'un pour fixer une ligne, pour fixer la doctrine", a-t-il fait valoir, considérant qu'un exécutif communautaire élargi demandait plus de leadership.
"La commission est d'autant plus forte que la présidence du conseil est forte (...) c'est à la présidence du conseil de prendre des initiatives politiques, la Commission a son rôle par ailleurs", a-t-il encore expliqué.
Réagissant à ces déclarations, Daniel Cohn-Bendit, a accusé le président français de réduire le Parlement européen à un "viagra pour gouvernements" et la Commission à "un secrétariat pour le Conseil (de l'Union européenne)".
Nicolas Sarkozy a laissé entendre à plusieurs reprises au cours des derniers mois qu'il envisageait le rôle de président de la Commission plus comme un gardien des traités que comme le leader d'un embryon de gouvernement européen - une perspective que confirme le maintien d'un exécutif à 27 et du principe d'un commissaire par Etat, acté vendredi lors du Conseil européen.
Enfin, la présidence française a marqué selon lui un retour aux commandes des grands pays de l'Union, qui "n'ont pas plus de poids mais plus de responsabilités".
"On a tous les mêmes droits mais certains ont plus de devoirs que d'autres", a-t-il déclaré, en référence notamment au couple franco-allemand, moteur historique de l'UE.
"L'axe franco-allemand (...), ce n'est pas un choix, c'est un devoir absolu. C'est un devoir à l'endroit du monde et un devoir à l'endroit de l'Europe. Nous devons marcher la main dans la main", a-t-il ajouté, estimant néanmoins que cette "amitié" n'était pas exclusive.
"L'Europe a existé"
Enfin, revenant sur les réalisations de la présidence française de l'UE, il a estimé que "l'Europe a(vait) existé" et qu'elle avait pris ses responsabilités, que ce soit sur la crise russo-géorgienne ou sur la crise économique.
Il a aussi souligné que sur ces différents sujets, tout comme sur le paquet "énergie-climat", les eurodéputés ont été "un élément décisif pour obtenir des résultats".
"La présence vigilante d'un Parlement déterminé à obtenir un accord sur le paquet 'énergie-climat' a été pour les chefs d'Etat et de gouvernement un puissant facteur de mobilisation", a-t-il insisté.
Les Vingt-Sept se sont mis d'accord ce vendredi de manière unanime sur les mesures devant permettre à l'UE de réduire de 20% ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020.
"L'accord que nous avons scellé au Conseil européen, qui je l'espère sera voté par le Parlement européen demain, respecte les objectifs qui avaient été donnés (...) Vous en ferez ce que vous voulez", a-t-il lancé.
« L'Europe m'a changé »
Le président a par ailleurs défendu sa méthode énergique et volontariste de pilotage de l'Europe, qui a fait grincer quelques dents dans les capitales européennes et fait tanguer le couple franco-allemand.
"J'ai essayé de bouger l'Europe mais l'Europe m'a changé. Lorsqu'on a la chance pendant six mois de connaître et d'avoir à trancher des problèmes de 27 pays, on gagne en tolérance, on gagne en ouverture d'esprit", a-t-il confié devant les parlementaires.
Ravis, les chefs des groupes parlementaires ont presque tous attribué une bonne note à Nicolas Sarkozy. Celui du Parti populaire européen (centre-droit) Joseph Daul l'a remercié d'avoir fait "émerger une Europe politique", tandis que le socialiste Martin Schulz, qui a reconnu avoir eu quelques "doutes" au départ, le saluait pour s'être conduit "en partisan de l'Europe".
Une fois son mandat expiré, la France ne fera pas la politique de la chaise vide
S'il a crédité le Français d'une mention "bien", le chef du groupe libéral Graham Watson l'a lui invité à prendre un peu de recul et à être moins omniprésent sur la scène européenne à partir du 1er janvier.
"Vous n'avez pas besoin de tout faire, laissez le ministère des Finances à Jean-Claude Juncker et l'euro à Jean-Claude Trichet", a-t-il dit.
Mais l'invite de l'eurodéputé britannique a été fermement rejetée.
"Personne ne peut considérer qu'il serait positif pour l'Europe que la France fasse la (politique de la) chaise vide parce qu'elle exercé pendant six mois la présidence. Non ! Au contraire, je prendrai des initiatives", a prévenu Nicolas Sarkozy devant la presse.
Et de relancer sa proposition controversée de réunir plus souvent les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Eurogroupe.
"Il faudra d'une manière ou d'une autre que nous prenions l'habitude de parler d'économie", a-t-il estimé
L'EXPRESS
6/12/2008
***VIDEO : Intervention du président du Conseil européen au Parlement européen :
http://pfue-tv.ue2008.fr/ue/fo/fr/presidence/184
16-12-2008
PFUE
***56% des Français satisfaits du Président Sarkozy à la présidence de l'UE : Sondage***

***PARIS : Plus d'un Français sur deux (56%) a une bonne opinion de l'action de Nicolas Sarkozy à la tête de l'Union européenne, selon un sondage BVA pour Les Echos et France Inter publié mardi.
*Selon un sondage BVA, plus d'un Français sur deux (56%) a une bonne opinion de l'action de Nicolas Sarkozy à la tête de l'Union européenne.
Le chef de l'Etat français doit prononcer dans la matinée un discours devant le Parlement européen pour faire le bilan des six mois de présidence française de l'UE, qui s'achèvent le 31 décembre.
Au total, 49% des personnes interrogées ont une opinion "plutôt bonne" et 7% une "très bonne" opinion de la prestation du président, contre 26% des sondés ayant une opinion "plutôt mauvaise" et 7% une "très mauvaise" opinion de ce bilan européen.
Avant l'été, un tiers seulement des Français faisaient confiance à Nicolas Sarkozy pour obtenir des avancées pendant le semestre de présidence française de l'Union.
Le sondage a été réalisé par téléphone les 12 et 13 janvier auprès d'un échantillon de 1.017 personnes.
Laure Bretton, édité par Pierre Sérisier
L'Express
***Le Président "Sarkozy a bousculé l'administration européenne" : Bilan de sa présidence***

***"Sarkozy a bousculé l'administration européenne"
Analyse - Hughes Baudoin, le correspondant de TF1/LCI à Bruxelles, souligne que le style dynamique de Sarkozy a tranché avec les habitudes des technocrates.Officiellement, il sera président de l'Union européenne jusqu'au 31 décembre à 23h59, avant de passer la main à son homologue tchèque. Mais c'est dès ce matin que Nicolas Sarkozy tirera le bilan de sa présidence devant les députés européens réunis à Strasbourg. Son discours est prévu à 10h -à suivre en direct sur LCI et LCI.fr.:
Certains résultats du chef de l'Etat sont indéniables. Tout d'abord, la gestion des situations de crise, aussi bien diplomatique qu'économique. En août dernier, lors du conflit russo-géorgien, il a pris le taureau par les cornes et s'est affirmé comme médiateur. Elaboré en quelques heures, son premier plan, qui a permis d'obtenir l'arrêt des hostilités, était loin d'être parfait. Un mois plus tard, il est retourné à Moscou et Tbilissi pour "vendre" une seconde mouture plus structurée. L'UE, à qui il était souvent reproché de n'avoir aucun poids politique, s'est par là même imposée, malgré les divergences stratégiques de ses différents membres, comme une puissance efficace.
Avancée des dossiers
Quelques semaines plus tard, le locataire de l'Elysée est encore monté au créneau, à coups de mini-sommets montés dans l'urgence, pour mettre en place une coordination européenne afin de lutter contre la crise financière.
Outre ces crises impromptues, les principaux dossiers jugés prioritaires le 1er juillet dernier ont bien avancé : l'immigration, la défense européenne, la PAC et enfin le climat, où, après moult négociations et concessions aux pays d'Europe de l'Est, les 27 sont parvenus à un accord lors du sommet de Bruxelles la semaine dernière. Sur le plan institutionnel, Nicolas Sarkozy, qui avait déjà été à l'origine du mini-traité, devenu traité de Lisbonne, a également trouvé une échappatoire au "non" irlandais, survenu deux semaines avant sa prise de fonctions à la tête de l'UE. En échange d'un nouveau vote, Dublin a obtenu plusieurs garanties en sa faveur, sans qu'il soit besoin de faire ratifier le texte à nouveau par tous les autres pays.
En froid avec Merkel
Face à ses succès, Nicolas Sarkozy a subi quelques échecs. Le plus flagrant concerne les tensions avec Angela Merkel. Même si la Chancelière a admis que la "présidence Sarkozy était un vrai succès", les deux dirigeants se sont opposés sur de nombreux sujets : l'Union pour la Méditerranée, que le chef de l'Etat a dû élargir pour ne pas froisser Berlin, le plan climat, pour lequel il a dû faire des concessions à sa partenaire et enfin les remèdes contre la crise financière -Angela Merkel a été très vexée de ne pas être invitée la semaine dernière à Londres pour la rencontre Sarkozy-Brown-Barroso.
Président en exercice de l'UE, Nicolas Sarkozy a également raté son bras-de-fer avec la Chine. Incidents au Tibet, flamme olympique à Paris, cérémonie d'ouverture des JO, rencontre avec le dalaï lama : Pékin a trouvé en Nicolas Sarkozy, critiqué par les ONG de défense des droits de l'homme, le maillon faible de l'Union européenne sur le sujet.
Un style "bulldozer"
Enfin, même s'il ne s'agit pas du fond mais de la forme, la manière d'agir de Nicolas Sarkozy, si elle a permis de faire accélérer les dossiers, a tranché avec la pratique feutrée inhérente à la diplomatie et à la technocratie européennes. Et elle n'a pas plu à tout le monde. Or, en matière de diplomatie, la forme est aussi importante que le fond.
lundi, décembre 15, 2008
*David Mangin, architecte, Grand prix national d'urbanisme 2008*
***"La notion d'espace public libre d'accès et gratuit est de plus en plus menacée" :
L'architecte David Mangin va recevoir, le 16 décembre, le Grand prix national d'urbanisme des mains de Jean-Louis Borloo, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire. M. Mangin a fait irruption sur la scène médiatique en 2004, lorsqu'il a remporté le concours très controversé pour le réaménagement des Halles, à Paris.
La même année, il publiait un ouvrage remarqué, La Ville franchisée : formes et structures de la ville contemporaine (éd. de La Villette). A bientôt 60 ans, David Mangin se fait l'apôtre d'un "urbanisme du possible" face au fantasme des éco-cités idéales.
Pour vous, qu'est-ce qu'une ville durable ?
La ville durable, c'est celle qui peut changer pour s'adapter à de nouvelles conditions économiques, sociales et écologiques. C'est une ville passante, à l'inverse des environnements sécurisés qui se généralisent dans le monde entier. Une ville qui permet, au quotidien, d'accéder à des services élémentaires comme l'école ou les commerces sans avoir besoin d'emprunter sa voiture. Or la notion d'espace public libre d'accès et gratuit est de plus en plus menacée.
Vous visez les "gated communities", ces lotissements privés et sécurisés ?
Pas seulement. Les "gated communities" sont un repoussoir qui nous évite de regarder notre quotidien. Or l'ensemble du système de circulation automobile produit de gigantesques enclaves fermées - zones commerciales, parcs de loisirs, lotissements résidentiels. Des Etats-Unis à la Chine, on voit se multiplier des villes "franchisées", juxtaposition de "produits" urbains standards enclavés autour de giratoires et de voies rapides.
Des villes comme Dubaï ou Shanghaï poussent cette logique à l'extrême et créent des univers finis, binaires. Ça ne fait pas des villes très ludiques, contrairement au but affiché : il n'y a rien de plus ennuyeux qu'une métropole qu'on ne peut pas parcourir.
Ce que vous décrivez là s'applique assez peu à la ville ancienne.
La ville ancienne ne représente que 5 % des zones urbaines en France. Mais même dans le tissu ancien, les nouveaux plans de déplacement repoussent la circulation sur les boulevards et transforment les rues en impasses par des jeux de sens uniques, ce qui revient à recréer une logique distributive et un système d'enclaves néovillageois.
Comment lutter contre ce phénomène ?
Ce n'est pas facile. Les stratégies des acteurs du système routier et celles des spécialistes du géomarketing se renforcent pour créer un territoire dans lequel la géographie disparaît, une ville univoque, qui a beaucoup de mal à muter. Il ne sert à rien de critiquer le mode de vie de l'entre-soi et l'obsession sécuritaire : ça n'est pas entendu. Ce qui devient audible, c'est la conséquence de ces grandes enclaves en termes de dépendance automobile, de coût financier, d'exclusion urbaine des plus jeunes et des plus vieux.
Que préconisez-vous ?
La question de l'étalement urbain reste très difficile à traduire dans les textes, le Grenelle de l'environnement l'a montré. Il faudrait se concentrer sur les réserves foncières importantes des territoires déjà urbanisés ou à urbaniser, fabriquer le réseau intermédiaire qui permettrait de densifier et de créer de la mixité fonctionnelle en mêlant logement, commerces, activités... Si les gens sont autant attirés par des maisons individuelles mal fichues, c'est aussi notre responsabilité. Nous n'avons pas su renouveler les formes de la ville dense.
Une réponse à la crise foncière et financière serait de permettre aux propriétaires de diviser et de densifier leur parcelle pour y construire d'autres logements ou, mieux, un atelier ou des bureaux. Cela aiderait à faire évoluer des banlieues étalées vers le modèle du faubourg, qui permet l'émergence de formes libres et de fonctions différentes. Je ne parle pas beaucoup de mixité sociale parce que j'ai peu d'illusions en la matière, mais si elle est préservée, ce sera d'abord grâce à la mixité fonctionnelle.
Les écoquartiers sont à la mode. Qu'en pensez-vous ?
Si l'écoquartier est un isoloir qui oblige à garer sa voiture dans le quartier d'à côté, son intérêt est limité. Le problème, c'est davantage de fabriquer du lien entre les quartiers. Il ne faut pas que les normes environnementales atteintes par certains bâtiments camouflent une détérioration générale des conditions de vie ou de ville. Le problème prioritaire reste celui de la trame générale de la ville. C'est dans un rayon de 50 kilomètres qu'il faut penser les choses. Le grand territoire permet d'intégrer le rapport à de nouvelles centralités, à la nature, à l'agriculture périurbaine, à l'industrie.
Vous travaillez sur la question du Grand Paris avec le groupe Descartes, l'une des dix équipes internationales d'architectes chargées de réfléchir à l'avenir de la métropole. Où en êtes-vous ?
Notre fil conducteur pourrait être, en temps de crise, l'optimisation : optimisation des ressources naturelles (la Seine, la Marne, les forêts...) pour répondre aux défis du réchauffement climatique ; optimisation des infrastructures en améliorant le système des transports en commun de banlieue à banlieue et en développant un réseau intermédiaire pour des véhicules électriques (vélos, scooters, etc.) qui permettra d'introduire davantage cette ville passante ; enfin, optimiser le foncier existant ou "invisible", par exemple sur les futures gares TGV, sur les gigantesques parkings, en redivisant les parcelles dans les lotissements et, massivement, autour des forêts et près des fleuves.
C'est à ces conditions qu'on pourra répondre aux problèmes concrets des habitants de la région et leur donner le désir de vivre et d'investir dans cette métropole durablement.
*******************************************************RÉALISATIONS
Les Halles : David Mangin et ses associés de l'agence Seura, Florence Bougnoux et Jean-Marc Fritz, se sont vu confier, en 2004, le réaménagement du jardin, des zones piétonnes, des espaces publics en sous-sol et des voiries souterraines de ce quartier central de Paris, véritable porte d'entrée de la capitale. 800 000 personnes transitent chaque jour par les gares de métro et de RER, sans compter les usagers des commerces et des équipements publics.
Sihanoukville : à la demande du gouvernement cambodgien, Seura a dessiné une ville industrielle et touristique de 1 million d'habitants sur la côte, avec l'objectif de limiter la consommation d'eau et la déforestation, mais aussi d'anticiper la montée des océans.
Bordeaux : Mériadeck, quartier commercial et administratif emblématique de l'urbanisme sur dalle des années 1970, a été revitalisé par le tramway. L'équipe Mangin lui fait subir une lourde chirurgie pour lui rendre son urbanité.
Marseille : il s'agit de requalifier l'arrivée de l'autoroute A7, porte d'Aix, pour recréer une entrée de ville, recoudre les quartiers déchirés par l'autoroute, sans nuire à la fluidité du trafic.
Douai : Seura a dessiné un écoquartier pour 12 000 habitants, qui mêle intimement logements, activités traditionnelles, équipements de proximité et agriculture. Le quartier est divisé en quatre "parcs" à dominante sportive, urbaine, maraîchère et forestière, reliés à la ville par un tramway.
Grégoire Allix
LE MONDE
16.12.08.
L'architecte David Mangin va recevoir, le 16 décembre, le Grand prix national d'urbanisme des mains de Jean-Louis Borloo, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire. M. Mangin a fait irruption sur la scène médiatique en 2004, lorsqu'il a remporté le concours très controversé pour le réaménagement des Halles, à Paris.
La même année, il publiait un ouvrage remarqué, La Ville franchisée : formes et structures de la ville contemporaine (éd. de La Villette). A bientôt 60 ans, David Mangin se fait l'apôtre d'un "urbanisme du possible" face au fantasme des éco-cités idéales.
Pour vous, qu'est-ce qu'une ville durable ?
La ville durable, c'est celle qui peut changer pour s'adapter à de nouvelles conditions économiques, sociales et écologiques. C'est une ville passante, à l'inverse des environnements sécurisés qui se généralisent dans le monde entier. Une ville qui permet, au quotidien, d'accéder à des services élémentaires comme l'école ou les commerces sans avoir besoin d'emprunter sa voiture. Or la notion d'espace public libre d'accès et gratuit est de plus en plus menacée.
Vous visez les "gated communities", ces lotissements privés et sécurisés ?
Pas seulement. Les "gated communities" sont un repoussoir qui nous évite de regarder notre quotidien. Or l'ensemble du système de circulation automobile produit de gigantesques enclaves fermées - zones commerciales, parcs de loisirs, lotissements résidentiels. Des Etats-Unis à la Chine, on voit se multiplier des villes "franchisées", juxtaposition de "produits" urbains standards enclavés autour de giratoires et de voies rapides.
Des villes comme Dubaï ou Shanghaï poussent cette logique à l'extrême et créent des univers finis, binaires. Ça ne fait pas des villes très ludiques, contrairement au but affiché : il n'y a rien de plus ennuyeux qu'une métropole qu'on ne peut pas parcourir.
Ce que vous décrivez là s'applique assez peu à la ville ancienne.
La ville ancienne ne représente que 5 % des zones urbaines en France. Mais même dans le tissu ancien, les nouveaux plans de déplacement repoussent la circulation sur les boulevards et transforment les rues en impasses par des jeux de sens uniques, ce qui revient à recréer une logique distributive et un système d'enclaves néovillageois.
Comment lutter contre ce phénomène ?
Ce n'est pas facile. Les stratégies des acteurs du système routier et celles des spécialistes du géomarketing se renforcent pour créer un territoire dans lequel la géographie disparaît, une ville univoque, qui a beaucoup de mal à muter. Il ne sert à rien de critiquer le mode de vie de l'entre-soi et l'obsession sécuritaire : ça n'est pas entendu. Ce qui devient audible, c'est la conséquence de ces grandes enclaves en termes de dépendance automobile, de coût financier, d'exclusion urbaine des plus jeunes et des plus vieux.
Que préconisez-vous ?
La question de l'étalement urbain reste très difficile à traduire dans les textes, le Grenelle de l'environnement l'a montré. Il faudrait se concentrer sur les réserves foncières importantes des territoires déjà urbanisés ou à urbaniser, fabriquer le réseau intermédiaire qui permettrait de densifier et de créer de la mixité fonctionnelle en mêlant logement, commerces, activités... Si les gens sont autant attirés par des maisons individuelles mal fichues, c'est aussi notre responsabilité. Nous n'avons pas su renouveler les formes de la ville dense.
Une réponse à la crise foncière et financière serait de permettre aux propriétaires de diviser et de densifier leur parcelle pour y construire d'autres logements ou, mieux, un atelier ou des bureaux. Cela aiderait à faire évoluer des banlieues étalées vers le modèle du faubourg, qui permet l'émergence de formes libres et de fonctions différentes. Je ne parle pas beaucoup de mixité sociale parce que j'ai peu d'illusions en la matière, mais si elle est préservée, ce sera d'abord grâce à la mixité fonctionnelle.
Les écoquartiers sont à la mode. Qu'en pensez-vous ?
Si l'écoquartier est un isoloir qui oblige à garer sa voiture dans le quartier d'à côté, son intérêt est limité. Le problème, c'est davantage de fabriquer du lien entre les quartiers. Il ne faut pas que les normes environnementales atteintes par certains bâtiments camouflent une détérioration générale des conditions de vie ou de ville. Le problème prioritaire reste celui de la trame générale de la ville. C'est dans un rayon de 50 kilomètres qu'il faut penser les choses. Le grand territoire permet d'intégrer le rapport à de nouvelles centralités, à la nature, à l'agriculture périurbaine, à l'industrie.
Vous travaillez sur la question du Grand Paris avec le groupe Descartes, l'une des dix équipes internationales d'architectes chargées de réfléchir à l'avenir de la métropole. Où en êtes-vous ?
Notre fil conducteur pourrait être, en temps de crise, l'optimisation : optimisation des ressources naturelles (la Seine, la Marne, les forêts...) pour répondre aux défis du réchauffement climatique ; optimisation des infrastructures en améliorant le système des transports en commun de banlieue à banlieue et en développant un réseau intermédiaire pour des véhicules électriques (vélos, scooters, etc.) qui permettra d'introduire davantage cette ville passante ; enfin, optimiser le foncier existant ou "invisible", par exemple sur les futures gares TGV, sur les gigantesques parkings, en redivisant les parcelles dans les lotissements et, massivement, autour des forêts et près des fleuves.
C'est à ces conditions qu'on pourra répondre aux problèmes concrets des habitants de la région et leur donner le désir de vivre et d'investir dans cette métropole durablement.
*******************************************************RÉALISATIONS
Les Halles : David Mangin et ses associés de l'agence Seura, Florence Bougnoux et Jean-Marc Fritz, se sont vu confier, en 2004, le réaménagement du jardin, des zones piétonnes, des espaces publics en sous-sol et des voiries souterraines de ce quartier central de Paris, véritable porte d'entrée de la capitale. 800 000 personnes transitent chaque jour par les gares de métro et de RER, sans compter les usagers des commerces et des équipements publics.
Sihanoukville : à la demande du gouvernement cambodgien, Seura a dessiné une ville industrielle et touristique de 1 million d'habitants sur la côte, avec l'objectif de limiter la consommation d'eau et la déforestation, mais aussi d'anticiper la montée des océans.
Bordeaux : Mériadeck, quartier commercial et administratif emblématique de l'urbanisme sur dalle des années 1970, a été revitalisé par le tramway. L'équipe Mangin lui fait subir une lourde chirurgie pour lui rendre son urbanité.
Marseille : il s'agit de requalifier l'arrivée de l'autoroute A7, porte d'Aix, pour recréer une entrée de ville, recoudre les quartiers déchirés par l'autoroute, sans nuire à la fluidité du trafic.
Douai : Seura a dessiné un écoquartier pour 12 000 habitants, qui mêle intimement logements, activités traditionnelles, équipements de proximité et agriculture. Le quartier est divisé en quatre "parcs" à dominante sportive, urbaine, maraîchère et forestière, reliés à la ville par un tramway.
Grégoire Allix
LE MONDE
16.12.08.
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